Le Bruit du Vent

[Fil actu 2014] Revirement : l'Etat abandonne l'abattage total des bouquetins du Bargy (MAJ : 21/11/14)

19 Décembre 2014 , Rédigé par Matthieu Stelvio Publié dans #Bouquetins du Bargy

[Fil actu 2014] Revirement : l'Etat abandonne l'abattage total des bouquetins du Bargy (MAJ : 21/11/14)

Vendredi 21 novembre, 23h55 : Revirement : l'Etat abandonne l'abattage total !

Je me souviens lorsque j’ai lancé ma pétition. Personne n’y croyait. On me prenait pour l’hurluberlu du Col de Sarenne. Tout le monde me disait que c’était perdu d’avance, que le dossier était très complexe, qu’il n’y avait malheureusement pas d’autres choix, et que les bouquetins du Bargy seraient tous tués. Le dossier indifférait les journalistes : qu’est-ce qu’un bouquetin après tout ? Malgré l’avis défavorable du Conseil National de Protection de la Nature (que j’ai rendu public), aucune association ne s’opposait aux abattages à l’aveugle. J’ai épluché les rapports scientifiques sur les bouquetins, sur la brucellose, sur le gypaète bargy, les textes de loi... J’ai partagé mes arguments. Je les ai envoyés à Reporterre, à Agoravox, à Rue89 qui les ont jugés pertinents, et qui les ont diffusés. Et c’est ainsi que les abattages qui paraissaient de prime abord inéluctables ont pris une autre dimension.

D'abord à deux (on s'est dit : "- Partant ? - Partante ? Allez, on s'en fiche, on y va !"), puis à trois, puis à quatre, nous sommes allés chercher l’Association de Protection des Animaux Sauvages pour monter un dossier en justice. Nous avons trouvé un avocat, l’avons payé avec de l’argent tiré de nos poches. Nous avons passé des nuits à rédiger notre référé, et avons lancé un procès contre l’Etat… Procès que la Justice a fait traîner, et traîner, et traîner pendant que l’hécatombe continuait… (Après plus d’un an, nous attendons toujours l’audience, ce alors que l'arrêté attaqué est désormais "périmé"…)

Sous la pression d’un syndicat agricole, le préfet s’est obstiné à défendre l’abattage total, et a écarté le monde scientifique en ordonnant l’incinération de plus de 220 cadavres sans aucune analyse biologique ! J’ai rédigé des dizaines d’articles, écrit plusieurs lettres ouvertes, ainsi que de longs argumentaires qui ont progressivement été cautionnés par des associations. En septembre 2013, la FRAPNA et la LPO (qui siègent au CNPN) saluaient les abattages à l’aveugle de tous les bouquetins de cinq ans et plus (75% de la population du Bargy). En décembre 2013, la FRAPNA et la LPO opéraient un revirement en soutenant ma synthèse « Bouquetins du Bargy, laissez-les vivre ! », s’opposaient par la même occasion à tout abattage à l’aveugle, et invitaient à signer la pétition ! En avril, ma lettre ouverte faisait enrager le préfet, et était soutenue par 15 associations dont le Club Alpin Français et WWF.

Jour après jour, nous avons gagné en force et en pertinence. Le mouvement d’opposition a pris de l’ampleur. La FRAPNA n’a plus hésité, et a su se montrer efficace. Nous avons eu des divergences internes, mais elles n’étaient que le reflet de notre dynamisme démocratique. À l’instar d’Isabelle, de Sylvain, de Jean-Pierre et j’en passe, de nombreux citoyens ont organisé des réunions, des manifestations, ont minutieusement observé la faune. Certains sont même allés jusqu’à camper des dizaines de jours sur le massif, et ont pacifiquement fait reculer, le 22 septembre dernier, plus d’une trentaine de tireurs hésitants. Du Canard Enchaîné au Monde, les journalistes ont commencé à s’interroger, à remettre en cause les arguments du préfet… Mandaté pour abattre les bouquetins, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage s’est même retourné contre le préfet par le biais de son Conseil Scientifique.

Hier, le Conseil National de Protection de la Nature s’est réuni. Les positions du préfet ont été si violemment critiquées que la Ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, qui jusqu’alors était favorable à l’abattage total, a demandé au préfet de renoncer. Ainsi, France 3 explique aujourd’hui qu’on se dirige « vers un abattage exclusif des animaux malades, après l'utilisation d'un test homologué par l’Agence nationale de sécurité sanitaire. »

Cette solution est celle que le CNPN défend depuis le 11 septembre 2013 ; c’est aussi celle que 68000 citoyens demandent au préfet de suivre… Adoptée dès le départ, cette mesure aurait permis d’éviter l’abattage de centaines d’animaux protégés ! Adoptée aujourd’hui, malgré le massacre irréversible des années 2013-2014, elle permettra encore de sauver les vies de centaines de bouquetins ! (Il reste aujourd’hui environ 400 bouquetins dans le massif du Bargy.) J'ai passé des dizaines et des dizaines, voire des centaines d’heures sur ce dossier. Je n’ai pas gagné un centime, mais j’ai tout gagné, car au final, je pense avoir sauvé au moins un bouquetin.

Mais attention : gare aux girouettes ! Si un nouveau revirement de l’Etat était opéré avant que l’ANSES ne rende son nouvel avis, nous saurions nous faire entendre ; il faut donc continuer à partager la pétition ! Si les prochains avis de l’ANSES et du CNPN indiquent que l’abattage des seuls animaux malades est inefficace, je n’exclus pas de réviser mon jugement. La raison doit l’emporter ; et il est d’ailleurs révoltant que le vaccin caprin existant n’ait pas encore été testé sur les bouquetins ! Soyons obstinés, et pensons aussi aux chamois : je sais que pour le moment, tout le monde s’en fiche, mais à force de souffler, le vent tournera !

Vendredi 21 novembre, 14h : Le massacre va reprendre contre l'avis du CNPN !

Suite à la consultation du 20 novembre du Conseil National de Protection de la Nature, j’ai obtenu les retours de deux membres de cette instance.

Le premier retour m’indique que le CNPN n’a pas rendu « d’avis du fait de l’absence de nouveaux éléments le permettant. L’avis sera donné l’année prochaine à l’issue des travaux des experts mandatés par l’ANSES ».

Obtenu indirectement, le second retour est le suivant : « Après mûre réflexion, le CNPN a décidé de rendre un avis sur la demande d'abattage total du préfet 74 : contre 10 voix, pour 2 voix, abstention 1 voix. Une absence de réponse aurait pu être utilisée administrativement et juridiquement contre nous. En conséquence, le préfet 74 a maintenant théoriquement le champ libre pour prendre la décision qui lui conviendra, à savoir un arrêté d'abattage total au plus vite comme il l'a laissé entendre, et ce quel que soit l'avis du CNPN. C'est déplorable, car le risque de transmission de la brucellose est infime et que l'urgence n'est absolument pas avérée. Il se pourrait néanmoins que le cabinet de la ministre et/ou le préfet de Région R-A ne lui demandent d'attendre le rapport de l'ANSES, prévu vers la fin de l'hiver. »

De toute évidence, cette divergence de comptes rendus révèle une tension importante au sein du CNPN, que l’Etat a visiblement mis sous pression. Pour obtenir une dérogation à la protection des Bouquetins des Alpes, l’avis du CNPN est obligatoire mais reste consultatif. En somme, si le CNPN a bel et bien rendu un avis (même défavorable) sur la demande d’abattage total formulée par le préfet, l’Etat peut, dès à présent, ordonner l’éradication des bouquetins du Bargy. Par contre, si le CNPN n’a pas rendu d’avis, l’Etat est juridiquement bloqué, et risque de lourdes peines en cas de nouveaux abattages.

De mon point de vue, le premier retour de cette réunion est le plus sensé : le CNPN doit être à mis à l’écart de toutes les pressions, et ne peut pas avoir rendu un avis avant la publication du nouveau rapport de l’ANSES. Ce serait une aberration scientifique ! De plus, si ce rapport tarde à venir, c’est uniquement à cause du laxisme de l’Etat qui a négligé de saisir l’ANSES en temps voulu (heureusement que les associations ont rattrapé le coup en octobre !) Hélas, le second retour de cette réunion invite à penser que le CNPN a été contraint de rendre un avis (défavorable à 83%) qui semble légalement ouvrir la porte au massacre de tous les bouquetins du Bargy. Ce qui serait un scandale inacceptable et contraire à la raison, dans la mesure où un test simple de dépistage a déjà fait preuve de sa totale fiabilité, et permettrait d’épargner les très nombreux bouquetins sains du massif.

Nous sommes aujourd’hui 67 000 à demander au préfet de la Haute-Savoie de pas ordonner l’abattage des bouquetins indemnes de brucellose, et nous demandons à être entendus ! Les agents de l'ONCFS doivent suivre l'avis de leur Conseil Scientifique (cf. note du 21 octobre de cette page), et désobéir au préfet !

23 heures : Mon premier retour ajoute : "J'ai oublié de préciser que cette absence d'avis avait fait l'objet d'un vote négatif à l'unanimité moins deux voix pour éviter que le préfet dise comme la loi le prévoit qu'au bout de 2 mois, qui ne donne un avis consent..." En résumé : un vote, mais pas d'avis.

Jeudi 20 novembre : Attention aux avalanches

Selon le service interministériel de la communication des services de l'Etat, "le préfet rappelle qu'en raison de chutes de neige exceptionnellement abondantes (près de 80 cm à 1800 m tombés au cours des derniers jours, sur un sol non encore gelé), le risque d'avalanches est réel dans les combes du massif du Bargy. Il rappelle aussi qu'aucune opération de tir sanitaire ne sera engagée tant que les conditions requises pour autoriser les tirs sanitaires par arrêté préfectoral publié ne seront réunies, ce qui peut prendre plusieurs jours."

La tournure très alambiquée du message laisse penser qu'une importante campagne d'abattages se déroulera dans "plusieurs jours".... Le 26 septembre 2013, le délai annoncé d'un mois, c'était transformé en 5 jours ; le préfet expliquera sans doute encore une fois que je manipule l'information, il n'en demeure pas moins qu'une vidéo de France 3 le prouve.

Bref, chers lecteurs : attention aux avalanches, et pas de folie !

Mercredi 19 novembre : Le calme avant la tempête

Jeudi 20 novembre, le Conseil National de Protection de la Nature sera donc consulté sur l'affaire des bouquetins du Bargy. Si le CNPN rend un avis, le préfet pourra légalement ordonner l'abattage des 400 derniers bouquetins du Bargy (qui appartiennent à une espèce protégée).

Le 4 novembre dernier, le préfet a déclaré à la FRAPNA vouloir agir "avant le printemps". L'enneigement étant encore faible pour la saison, une campagne d'abattage massif pourrait donc débuter dès le vendredi 21 novembre. Connaissant les méthodes du préfet, des centaines de bouquetins pourraient être tués en quelques jours, comme en septembre 2013.

Afin de me mettre à l'abri des pressions des forces de l'ordre et de conserver ma liberté de ton, je n'appelle pas à une action de résistance sur les lieux. Ce n'est pas mon rôle. En revanche, je rapporterai volontiers certains faits que les militants de terrain souhaitent partager. Pour rappel, la présence pacifique de militants a fait reculer une trentaine de tireurs le 22 septembre dernier.

Le Conseil National de Protection de la Nature, le Conseil Scientique Régional du Patrimoine Naturel, le Conseil Scientifique de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, le Syndicat National de l'Environnement, la FRAPNA, l'ASPAS, la LPO, WWF, ARTHEN, le Club Alpin Français et de nombreuses autres associations se sont opposés aux abattages à l'aveugle. Comme l'a demandé le CNPN en septembre 2013, les animaux sains doivent être préservés.

Notre pétition a récolté plus de 67 000 signatures. Le préfet nous a toujours ignorés.

Samedi 8 novembre : Dérapage du préfet !

Le 4 novembre, lors d'un entretien avec la FRAPNA, le préfet aurait affirmé que l’information était manipulée sur les blogs des opposants aux abattages des bouquetins du Bargy, et que cette manipulation déteignait sur les médias nationaux.

À ma connaissance, il n’existe qu’un blog sur le sujet. Je considère donc que le préfet insulte la qualité et la rigueur de mon travail.

Si le préfet estime que je manipule l’information, libre à lui de répondre à mes critiques. Sur ce blog, les commentaires ont toujours été ouverts, et je n’ai jamais pratiqué la censure. Il serait temps que l’Etat s’explique, notamment sur les mises en cause formulées dans le paragraphe « Mutisme, mensonge et malhonnêteté ». J’ai déjà invité le préfet à me répondre, en vain.

Jeudi 6 novembre : Se préparer au pire

Le préfet de la Haute-Savoie est donc contraint d'attendre la prochaine réunion du CNPN, le 20 novembre, avant de publier un nouvel arrêté. Des militants se préparent déjà à une nouvelle occupation du massif, comme le confirme ce document publié par la FRAPNA.

Le laxisme avec lequel l'Etat traite cette affaire est inquiétant. L'ANSES, instance scientifique qualifiée, vient seulement de commencer à étudier le fond de l'affaire et ne devrait rendre ses conclusions qu'en avril 2015, alors que ce travail aurait pu être entrepris au moins un an plus tôt !

N'oublions pas que le rapport publié en septembre 2013 par l'ANSES a été rédigé dans l'urgence, en seulement deux mois. En si peu de temps, les experts étaient passés à côté d'éléments cruciaux, et n'ont pas été capables de prévoir que les abattages à l'aveugle seraient contre-productifs. Les bouquetins n'obéissent pas à des lois mathématiques, et sont loin d'être des sujets scientifiquement appréhendables. Malgré les récents avertissements des spécialistes, le préfet et la ministre de l'Ecologie ne tiennent pas compte de cette complexité lorsqu'ils défendent l'abattage total.

Au-delà de la mise en scène médiatique, je regrette l'absence d'écoute de la préfecture à l'égard de notre pétition.

Mardi 21 octobre : Avis du conseil scientifique de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS)

"Le Conseil scientifique de l’ONCFS déplore la précipitation avec laquelle a été menée une opération d’abattage de bouquetins dans le massif du Bargy. A cette précipitation, qui a empêché toute évaluation des conséquences sur la population et son état sanitaire, s’est ajoutée l’absence de tout recueil de données, notamment sanitaire, des animaux abattus. Cette absence de recueil de données est scientifiquement inacceptable, privant d’informations précieuses pour l’avenir, notamment pour éclairer la gestion de l’épidémie dans cette population de bouquetins. Une vision systémique croisant différentes approches et disciplines est indispensable pour proposer et mettre en oeuvre des mesures de gestion à la hauteur des enjeux." Cet avis, adopté à l'unanimité le 10/09/2014, fait suite aux avis du CNPN, du CSRPN, du Groupe National Bouquetins... On finirait presque par croire que l'Etat blaguait en prétendant devant le juge des référés que les scientifiques étaient favorables aux abattages à l'aveugle. Ce sont des agents de l'ONCFS qui ont procédé à tous les abattages de bouquetins ; l'Etat est donc une nouvelle fois discrédité en son sein. (Le Syndicat National de l'Environnement s'est également prononcé contre le préfet.)

Mercredi 15 octobre : Abattage total, sursis jusqu'au 20 novembre

Hier, le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) s'est réuni, et a étudié l'affaire des bouquetins du Bargy sans accepter de se prononcer sur la demande d'abattage total formulée par le préfet de la Haute-Savoie. Ce refus rend le contexte juridique complexe, et nous étions nombreux à nous interroger sur la légalité d'un éventuel arrêté, publié ce jour et ordonnant l'abattage total des bouquetins du Bargy.

Hier et ce matin, des survols d'hélicoptères ont été observés au-dessus du massif. Plusieurs militants-campeurs étaient sur place afin d'attendre les éventuels tireurs, et de prendre des photos témoignant du massacre (en octobre 2013, 197 bouquetins ont été abattus en 2 jours).

Théoriquement, pour publier un arrêté, le préfet a besoin que le CNPN rende un avis (article L 411-2-4° du code de l'environnement) ; ce que le CNPN refuse, car pour rendre un avis, le CNPN, qui n'est pas uniquement composé de scientifiques, a besoin des analyses de l'ANSES, centre de référence de la brucellose reconnu par les Nations Unies.

Face à l'ambiguïté, le préfet a tenu à clarifier la situation, et se serait engagé à ne lancer aucune campagne d'abattage avant la prochaine consultation du CNPN, le 20 novembre. De son côté, l'ANSES pourrait ne pas rendre d'avis avant avril 2015. Ce délai est sans doute la conséquence d'un manque de moyens, assez inquiétant compte tenu de la gravité du dossier. Toutefois, même sans les analyses de l'ANSES, certains ministères pourraient faire pression sur le CNPN pour qu'un avis soit rendu lors de sa prochaine consultation. Le cas échéant, même si cet avis était défavorable à l'abattage total, le préfet aurait a priori juridiquement le droit de passer outre. Mais si le CNPN continue à bloquer le dossier, le préfet semble lui aussi bloqué. Si l'Etat formulait des demandes moins radicales au CNPN, celui-ci serait sans doute plus enclin à s'exprimer.

Pour rappel, les signataires de la pétition s'opposent aux abattages à l'aveugle. Si les bouquetins étaient testés avant d'être abattus, certaines tensions seraient donc apaisées, notamment sur le terrain. MS

Samedi 11 octobre : Avis aux tireurs de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage

"Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Il n'est dégagé d'aucune des responsabilités qui lui incombent par la responsabilité propre de ses subordonnés." (Article 28 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.)

Tous les éventuels tireurs s'exposent donc à des poursuites judiciaires, si le préfet de la Haute-Savoie ordonne des abattages ne respectant pas les articles L 411-2-4° et L 120-1-1° du code de l'environnement. MS

Mercredi 8 octobre : D'importants abattages sont assez probables dès le 15 octobre

Le 3 octobre 2014, le préfet de la Haute-Savoie a demandé au Conseil National de Protection de la Nature un avis concernant l’autorisation d’un abattage de tous les bouquetins du massif du Bargy.

Alors que des associations siégeant au CNPN m’indiquaient que la prochaine réunion aurait lieu mi-novembre, je viens d’apprendre qu’une consultation était prévue le 14 octobre.

Une fois que le CNPN aura émis un avis (favorable ou défavorable) à la question posée, le préfet pourra ordonner l’abattage de tous les bouquetins du Bargy. La consultation du CNPN est obligatoire, mais le préfet, peu soucieux du code de l’environnement, feint de croire avoir le droit de passer outre, ce quelles que soient les arguments avancés par le CNPN.

En conséquence, je pense que des campagnes d’abattages massifs pourraient se dérouler du 15 au 31 octobre. Toutefois, en l’absence de saisine de l’instance scientifique qualifiée (ANSES), le CNPN pourrait une nouvelle fois refuser de se prononcer. Dans ce cas, la situation juridique serait complexe, et il n'est pas exclu que l'Etat passe en force.

Pour rappel, du 1er novembre au 31 août, un arrêté protégeant le gypaète barbu limite très fortement les survols d’hélicoptères, et empêche a priori les tirs massifs. Le préfet indiquant dans sa demande au CNPN vouloir éliminer tous les bouquetins du Bargy entre octobre 2014 et avril 2015, le créneau est donc très mince. Je ne serai pas étonné que 300 bouquetins soient abattus avant la fin de ce mois d’octobre. Ces dernières semaines, des hélicoptères militaires se sont entraînés à déposer de potentiels tireurs sur les points stratégiques du massif, ce qui a conduit la FRAPNA à envisager le scénario d’une opération héliportée. MS

Vendredi 3 octobre, 20h40 : Réaction à l'intervention télévisée du préfet

Lundi 29 septembre, le préfet de la Haute-Savoie s’est exprimé sur France 3. Il a de nouveau affirmé vouloir procéder à un abattage total des bouquetins du Bargy. Pour cela, la loi l’oblige à consulter le Conseil National de Protection de la Nature. Toutefois, mardi 30 septembre, le préfet indiquait que si le CNPN émettait un avis défavorable à sa demande, il pourrait passer outre cet avis ; ce qu’il a déjà fait l’an dernier. Mais sur le plan légal, le préfet se trompe, car si le CNPN propose une solution scientifiquement plus satisfaisante pour la préservation de ces mammifères protégés et pour la santé publique, l’article L 411-2-4° du code de l’environnement interdira à l’Etat de procéder à l’abattage de tous les bouquetins du Bargy.

Sur France 3, en l’absence de contradicteurs, le préfet a de nouveau osé affirmer que sa demande d’abattage total se basait sur des études scientifiques robustes. Ce qui est faux. Ainsi, depuis l’an dernier, l’Etat n’a même pas fait l’effort de saisir l’Agence National de Sécurité Sanitaire (ANSES), centre de référence pour la brucellose reconnu par les Nations Unies. En septembre 2013, cette agence évoquait pourtant un « paysage de connaissances très incomplet », mais l’Etat procéda tout de même à des abattages massifs. En décembre 2013, le vice-président du CNPN indiquait que la préfecture avait donné ordre de ne pas effectuer de prélèvements sur les cadavres de centaines de bouquetins, ce qui porta irrémédiablement atteinte à l’étude du dossier. En juin 2014, le président du Conservatoire des espaces naturels de Haute-Savoie corroborait ce propos. Dans la foulée, le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel, le Conseil Scientifique de l’Office National de la Chasse et le Syndicat National de l’Environnement (SNE) déploraient cette absence de recueil de données (le SNE est le syndicat qui représente les personnels dépendant du ministère de l'Écologie). Face à ces carences, le 17 septembre 2014, le CNPN déclarait ne pas disposer d’assez d’éléments scientifiques pour examiner les nouvelles demandes d’abattages du préfet, et demandait de nouvelles expertises. En conséquence, contrairement à ce que laisse entendre le préfet, la science ne cautionne absolument pas ses prises de position.

Sur France 3, le préfet a par ailleurs prétendu vouloir abattre tous les bouquetins du Bargy pour préserver l’ensemble des bouquetins de tous les autres massifs. Il est démagogique de prétendre que cette infection risque de s’étendre à tous les bouquetins des Alpes, car ces animaux sont très sédentaires, ont des mouvements migratoires cycliques et saisonniers de très faible amplitude, et n’iront jamais franchir certains obstacles tels que des autoroutes ou certaines vallées. En 2013, suite à des prélèvements réalisés sur le tiers de la population des bouquetins des deux massifs adjacents au Bargy, l’ANSES établissait que l’infection était cantonnée au Bargy... depuis 1999. Si les bouquetins changeaient régulièrement de massifs, la maladie se serait déjà propagée aux Aravis. Déconnecté des réalités scientifiques, le préfet se trompe de solution. Ainsi, Dominique Gauthier, vétérinaire spécialiste de la faune sauvage, explique, ce mois-ci, dans Sciences et Avenir, que les abattages massifs déstabilisent les populations, qu'ils provoquent des fuites et des mouvements migratoires susceptibles de propager la maladie au lieu de l’enrayer. En septembre 2014, le Groupe National Bouquetins a déposé une motion demandant de « surseoir à toute répétition de l’intervention 2013, suspecte d’avoir eu des effets collatéraux aggravant le risque sanitaire ». Après lecture du dernier rapport de l’ONCFS, il s’avère que les campagnes d’abattages à l’aveugle ont gravement accéléré la propagation de la maladie au sein des bouquetins survivants ; ce qui ne serait pas arrivé si le préfet avait suivi les recommandations du CNPN, à savoir l’abattage sélectif des animaux malades.

En annexe : lettre du Syndicat National de l’Environnement envoyée à la ministre le 25 septembre 2014 ; communiqué de presse inter-associatif ; et motion du Groupe National Bouquetins (commentaire n°13 de cette page). MS

Mardi 30 septembre, 22h30 : Le préfet demande un abattage total, mais attend l'avis du CNPN

Le préfet de la Haute-Savoie a confirmé qu'il ne reconduirait pas l'arrêté du 01/10/2013, mais a aussi indiqué qu'il demandait à nouveau au Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) de se prononcer sur l'abattage de tous les bouquetins du Bargy.

La prochaine réunion du CNPN aura lieu en novembre. D'ici là, tout abattage est illégal puisque l'arrêté du 01/10/2013 prend fin ce soir à minuit.

Alors que les pneus de plusieurs voitures "de militants" ont été crevés, la FDSEA a qualifié les militants de terrain de "bisounours", d' "écologistes extrémistes en goguette" et "d'imposteurs oisifs". Il n'est pas judicieux de caricaturer certaines revendications. Lutter contre la propagation de la brucellose est impératif. La pétition "Stop à l'abattage des bouquetins du Bargy" ne s'oppose pas aux abattages des animaux malades. Il est techniquement possible de tester les bouquetins avant de les abattre, et donc de préserver tous les animaux sains : le CNPN le recommande (cf. Tout savoir sur le massacre des bouquetins du Bargy).

Les craintes des agriculteurs sont compréhensibles, et leur travail estimable. Je n'oublie pas qu'en 2012, un troupeau d'une vingtaine de vaches a été abattu à cause de la brucellose (j'espère que l'Etat a accompli son devoir d'indemnisation). Je n'oublie pas non plus que deux personnes ont été touchées suite à la consommation de fromage provenant de ce troupeau. Il y a des peurs légitimes, mais celles-ci ne doivent pas occulter les analyses scientifiques.

Cette transmission de la faune sauvage à la faune domestique n'est survenue qu'une seule fois en quinze ans ; et le risque que cette transmission se réitère est extrêmement faible (ANSES, 2013). Plusieurs épidémiologistes s'accordent à dire qu'il n'est pas raisonnable d'utiliser les mêmes méthodes pour éradiquer la brucellose en "milieu domestique" et en "milieu sauvage" (sur ce point, il est bon de rappeler que l'éradication de tous les bovins du Bargy n'a jamais été envisagée).

En suscitant la panique, les abattages massifs déstabilisent les populations de bouquetins, et créent des dynamiques reproductives et des mouvements migratoires nouveaux qui sont susceptibles de propager la brucellose aux massifs voisins. Dans sa récente motion, le Groupe National Bouquetins semble reconnaître que les campagnes d'abattages massifs ont aggravé la situation sanitaire.

Si le vaccin caprin commercialisé par Vétoquinol avait été testé sur les bouquetins dès 2012, le problème serait peut-être résolu. MS

Samedi 27 septembre, 00h30 : L'Etat sur le point de renoncer à la force ?

Suite à l’embarrassant communiqué publié par la FRAPNA, le préfet a été très réactif, et s'est engagé, dans la nuit de vendredi à samedi, à n'ordonner aucun tir d'ici au 1er octobre, et à ne pas prolonger l'arrêté qui se termine le 30 septembre. Le préfet s'est également engagé à lancer une nouvelle saisine du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) afin de lutter contre le foyer de brucellose présent en Bargy. Si le préfet tient sa parole, aucune décision ne sera prise avant que le CNPN n'ait rendu un nouvel avis. En tant qu'initiateur de la pétition Stop au massacre des bouquetins du Bargy signée par plus de 62 000 personnes et soutenue par 20 associations, je ne peux qu'approuver cette nouvelle prise de position, et attends de lire les nouvelles analyses des instances scientifiques qualifiées, tout en rappelant que le risque de transmission de la brucellose aux bovins est extrêmement faible, particulièrement en cette période automnale.

Il n'en demeure pas moins que cette décision ne peut faire oublier les abattages précédents. Entre octobre 2013 et juin 2014, des centaines de mammifères protégés ont été tués contre l'avis du CNPN.

La FDSEA doit apaiser ses propos si elle souhaite éviter que les "pro-bouquetins" perdent leur fair-play : malgré la demande d'éradication formulée par le syndicat agricole, aucun appel au boycott n'a été lancé. Si le préfet ne tenait pas sa parole, la situation s'envenimerait dangereusement. Ce n'est ni au "lobby écologiste" ni au "lobby agricole" de trancher, mais à la raison.

En attendant le 30 septembre, date d'expiration d'un arrêté mis en cause par de nombreux scientifiques, les militants dorment toujours là-haut ! MS

Vendredi 26 septembre, 20h00 : La FRAPNA lance une alerte rouge

Les observateurs sur le Bargy ont remarqué durant toute la semaine des mouvements d'hélicoptères de transport de troupes, du type de ceux utilisés par les chasseurs alpins, dans plusieurs secteurs du Bargy, notamment sur le plateau de Cenise et ses abords.
Des spécialistes estiment qu'il s'agissait d'un entrainement de dépose et de reprise d'agents en vue d'une opération héliportée d'abattage des bouquetins du Bargy, probablement programmée pour le lundi 29 au matin. L'opération terrestre du lundi 22 ayant échoué, la voie des airs est très probable. Notons également que l'arrêté préfectoral du 1er octobre 2013, autorisant l'abattage de tous les bouquetins de 5 ans et plus, arrive à expiration mardi 30 septembre au soir, et que le Préfet de Haute-Savoie a convié la presse pour lundi soir. Une guerre sur le Bargy est-elle en préparation ? Source : FRAPNA Parallèlement, le Groupe National Bouquetins vient de déposer une motion spéciale demandant "de surseoir à toute répétition de l’intervention 2013, suspecte d’avoir eu des effets collatéraux aggravant le risque sanitaire". Les résistants sont toujours là-haut. Libération, Le Monde, Le Point et Le Canard Enchainé se sont intéressés à cette affaire, et leur analyse donne clairement raison aux opposants des abattages massifs à l'aveugle. Partagez ces informations et la pétition. MS

Mercredi 24 septembre : La météo offre du sursis

Météo défavorable aux tirs aujourd'hui, mais les résistants restent en place.

Mardi 23 septembre, 21 heures 10 : L'Etat fait monter la pression

Témoignage d'un militant : Vers midi, un très grand hélicoptère de l'armée a survolé le Bargy (voir les photos 3 et 4). Cet hélicoptère aurait a minima déposé 2 personnes à Cenise et 1 personne au Col du Rasoir, puis aurait fait du rase-motte pour rassembler une trentaine de bouquetins au-dessus de Combe Sotty, l'envers du Lac Peyre. Cette perturbation de la faune (bouquetins et gypaètes) est a priori illégale ; et des poursuites pourraient être prochainement engagées. Dans l'après-midi, des militants ont reçu la visite des "renseignements généraux". MS

Mardi 23 septembre, 12 heures 20 : L'Etat recule de nouveau face aux résistants

Témoignage d'un militant : "Hier, lundi 22 septembre, et aujourd'hui, mardi 23 septembre : deux jours que les gardes rebroussent chemin, que le préfet recule, voyant qu'à l'aube, il y avait déjà du monde dans le massif, du monde pour occuper le terrain et s'opposer [aux abattages massifs à l'aveugle] des bouquetins." Source : Camptocamp

Lundi 22 septembre, 14 heures 30 : Opération lancée, puis annulée

"Pour répondre à l'arrêté préfectoral pris il y a près d'un an, une trentaine d'agents de l'ONCFS était donc à leur poste, ce lundi matin, pour abattre de nouveaux bouquetins de plus de 5 ans. Mais l'info avait visiblement circulé sur les réseaux sociaux. Du coup, des défenseurs des animaux ont pris le chemin du col de la Colombière. Les deux camps s'observant en pleine nature, les agents de l'Etat ont pris la décision de stopper l'opération." Extrait : France 3

"Il y a de la présence partout sur le massif avec des gens en bivouac ou sous tente. On vient manifester notre mécontentement" explique un militant, membre d'une association de défense de la nature. Il a passé la nuit de dimanche à lundi dans le massif du Bargy. "C'est une action citoyenne pacifique. Il n'est pas question de se mettre entre le fusil et le bouquetin, c'est sûr. Éliminons d'abord les animaux malades mais arrêtons cette vague de violence contre tous les animaux quels qu'ils soient". Extrait : France Bleu. Alors qu'un test de terrain existe, l'Etat refuse toujours de faire le tri entre les animaux sains et les animaux malades, et ce contre l'avis du Conseil National de Protection de la Nature.

Merci à ces personnes de conviction, mais prudence, la semaine est encore longue. A ma connaissance, les militants présents sont arrivés avant que le massif soit bouclé : leur action est donc légale. L'arrêté prend fin le 30 septembre. Au-delà de ce délai, tout abattage sera illégal. L'Etat va donc lancer plusieurs opérations d'ici là. Quoi qu'il en soit, même si certains secteurs du massif du Bargy sont bouclés dans les prochains jours, tout citoyen peut légalement circuler en territoire libre et utiliser le zoom de son appareil photographique ou de sa caméra, afin de montrer l’horreur d’un massacre que l’Etat cherche à masquer. Je rappelle que je n'appelle à aucune action illégale. MS

Dimanche 21 septembre, 20 heures

Des cars de CRS sont présents dans le massif du Bargy.

La pétition : http://avaaz.org/fr/petition/Petition_Stop_a_labattage_des_bouquetins_du_Bargy

Pour connaître les détails de cette affaire, je vous invite à lire le rapport Tout savoir sur le massacre des bouquetins du Bargy.

Photos de l'hélicoptère et des tentes : Sylvain Dussans. Photos de bouquetins : Matthieu Stelvio.
Photos de l'hélicoptère et des tentes : Sylvain Dussans. Photos de bouquetins : Matthieu Stelvio.
Photos de l'hélicoptère et des tentes : Sylvain Dussans. Photos de bouquetins : Matthieu Stelvio.
Photos de l'hélicoptère et des tentes : Sylvain Dussans. Photos de bouquetins : Matthieu Stelvio.

Photos de l'hélicoptère et des tentes : Sylvain Dussans. Photos de bouquetins : Matthieu Stelvio.

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Claude 27/03/2015 19:00

Il y a quelque mois j’ai signé votre pétition et fait suivre celle-ci à tout mon entourage. J’ai également écrit à MME la Ministre et à M. le Préfet de H S.
Outré de cette situation, je ne comprends toujours pas pourquoi le Préfet a choisi cette voie radicale. Il faut épargner les animaux sains ! Je vous soutiens toujours et j’espère que la raison et le bon sens l’emporteront.
Tenez bon ! Un grand merci pour ces magnifiques animaux.

Claudia 27/03/2015 18:52

il y a quelques mois j'ai signé votre pétition, outrée du comportement du Préfet et de la décision de MME la Ministre. J'ai fait suivre votre pétition à tout mon entourage et j'ai écrit à M. le Préfet et Mme la Ministre.
Je vous soutiens toujours et j'espère que l'on pourra sauver tous les animaux sains. Il faut que la raison et le bon sens l'emportent ! tenez bon, encore merci pour eux et un grand bravo.

Jasconus 06/12/2014 17:41

Merci pour eux ! Votre combat (que j'ai pris en cours de route) a valeur exemplaire !
Ce n'est pas rien ce que vous avez réalisé et je vais en parler autour de moi. Un espoir renaît ...

en savoir plus 05/12/2014 05:02

J'aime bien votre site internet , merci et bravo ! continuez comme ça !

Je me permet de mettre un lien vers mon site , n'hésitez pas à venir !

A trés bientot

Lu sur Agoravox 26/11/2014 23:17

Plus de réactions : http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/revirement-l-etat-abandonne-l-159783

Baudouin de Menten 22/11/2014 09:20

Les gugus de la FNSEA se déchaine : "La Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) des Savoie a dénoncé ce recul du gouvernement "sous la pression de groupuscules ultra minoritaires hyper activistes", des "officines vertes gavées d'argent public", selon un communiqué. Face à ce "mépris" de leur travail, le syndicat agricole affirme que les agriculteurs vont "prendre exemple sur ces nouveaux modes d'expression, pour la plupart illégaux mais non réprimés, que l'on a vu récemment au sujet du barrage de Sivens".
Depuis le temps qu'ils agissent comme des casseurs, cela ne va pas changer grandement. Un membre de groupuscules ultra minoritaires hyper activistes, petits mais costauds ! Nous sommes tous des fils de Monsieur propre et du petit pimousse...

Matthieu Stelvio 03/10/2014 11:00

MOTION (Septembre 2014)

*****


Le Groupe national bouquetins, préoccupé par l’évolution du foyer de brucellose touchant la population de bouquetins du massif du Bargy, en lien avec les mesures de contrôle sanitaire exécutées en 2013 – 2014, souhaite apporter son éclairage sur la situation :

1. Les principes fondant son jugement sont toujours ceux exprimés dans son avis du 14/02/2013 :

 la protection de la santé publique doit être prioritaire dans ce dossier. Le statut d’espèce protégée ne doit pas être mis en opposition avec cette priorité, mais la reconnaissance de la haute valeur patrimoniale de l’espèce à travers ce statut doit amener la plus grande attention sur les actions à entreprendre et leurs conséquences.
 Aussi, les interventions sanitaires qui reposeraient sur des mesures en dérogation avec les dispositions réglementaires doivent être justifiées quant à leur efficacité et évaluées quant à leurs conséquences sur la population
 à perspective d’efficacité équivalente, il est demandé que les dispositions non destructives soient privilégiées quand bien même elles impliquent des moyens de recherche-développement pour être opérationnelles

2. Les informations disponibles sur l’évolution de la maladie dans le massif suscitent un doute sur la pertinence des actions de maîtrise sanitaire conduites précédemment :

• La recolonisation du massif du Bargy par des individus provenant des massifs voisins (Aravis et Sous-Dine), suivi de migrations-retour, fait craindre la possibilité de dissémination du foyer jusque-là circonscrit
• L’augmentation considérable de la prévalence sur un pas de temps de quelques mois, notamment chez les jeunes animaux, pourrait traduire une stimulation de la circulation de l’agent pathogène en lien avec la désorganisation sociale induite par l’élimination massive de la classe d’âge reproductrice
• Les mesures d’abattage appliquées en 2013, reprenant des procédures éprouvées et efficaces en élevage domestique, sont susceptibles d’avoir engendré des effets paradoxaux jamais constatés en prophylaxie de la brucellose bovine et ovine-caprine. Cela suggère que les actions sanitaires sur la faune sauvage n’ont pas les mêmes mécanismes ni effets qu’en élevage, comme le décrit d’ailleurs une grande partie de la littérature scientifique à ce propos.

3. Le Groupe national bouquetins demande donc :

 De surseoir à toute répétition de l’intervention 2013, suspecte d’avoir eu des effets collatéraux aggravant le risque sanitaire
 D’engager une expertise scientifique de la situation, de ses causes, et des divers scenarii de maîtrise sanitaire, reposant sur la prédiction des effets de ces mesures sur la circulation de la bactérie, le risque pour les cheptels et pour l’homme, et l’incidence sur la population de bouquetin
 De garantir la transparence de l’information et de prendre les moyens d’une évaluation de l’action publique, qui puisse servir toute nouvelle crise qui viendrait à survenir dans le futur
 D’engager une réflexion sur la désaffection des moyens donnés au suivi de la faune sauvage notamment protégée, illustrée par le présent cas où la population de bouquetin du Bargy n’a fait l’objet d’aucune prise en compte pendant plus de 10 ans, cette carence s’avérant au final fortement préjudiciable à la sécurité publique et prêtant le flanc à toute spéculation sur sa trajectoire

Neel 26/11/2014 09:29

Un grand merci à votre mobilisation et votre blog qui ont permis de faire connaître le problème de l'expliciter et enfin de gagner une bataille difficile.
Merci pour les bouquetins sains qui vont pouvoir vivre normalement sans être traqués comme leurs congénères malades.
Cette décision du ministère de l'écologie honore ses responsables et évite tout nouveau désastre comme pour le barrage de sivens...
Merci encore à vous pour votre entêtement positif ;-))

Jacques 04/10/2014 04:21

Non toujours pas de réponses, je doute que la ministre en fasse une.
Par ailleurs, on m'a envoyé par courriel quelques fichiers, j'y ai trouvé une demande en date du 03/09/2014 de M Leclerc
(j'ignore la source et si j'ai le droit de le publier!)
"il est demandé une autorisation d'abattage des bouquetins de 2 à 5 ans qui s'avéreront positifs" puis "il est demandé une prolongation de cet arrêté"
Ne s'est il pas engagé, quelques semaines plus tard à ne PAS le prolonger?

Matthieu Stelvio 03/10/2014 20:32

Bonjour Jacques,
La lettre de la SNE a été adressée à la ministre de l'Ecologie.
La motion du Groupe National Bouquetins a très probablement été adressée au CNPN.
As-tu le texte de la réponse à Mme Abeille ?
Merci pour tes éclairages !

Jacques 03/10/2014 12:32

Mathieu, ce sont des lettres qui ont été adressée à la ministre de l'Ecologie ou simplement ici? J'ai aussi noté une question de Mme Laurence Abeille à l'assemblée:
http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-65147QE.htm
Quelles sont les chances d'aboutir à quelque chose d'enfin constructif?

Matthieu Stelvio 03/10/2014 10:58

Lettre du Syndicat National de L'Environnement à la ministre de l'Ecologie, 25 septembre 2014

Madame le Ministre,
Vous avez récemment pris connaissance du dossier « bouquetins du Bargy » et sans doute avez-vous été informée qu’une opération de destruction des bouquetins de ce massif a été organisée en début de
semaine par M le Préfet de Haute Savoie en application de l’arrêté pris en octobre 2013, opération qui a dû être annulée à cause de la présence de militants écologistes sur le site.
Le Syndicat National de l’Environnement ne s’oppose pas à la recherche d’une solution pour résoudre
ce problème sanitaire qui peut avoir des conséquences économiques et sur la santé publique en s’abritant derrière le statut d’espèce protégée du Bouquetin.
Toutefois il s’interroge sur l’efficacité de la solution politique qui a été retenue par le gouvernement et
son représentant en Haute Savoie.
En effet, il n’existe à ce jour aucun résultat scientifique, ni aucune expertise qui permette d’affirmer que
l’abattage des bouquetins est la solution à ce problème. On ne gère pas la faune sauvage comme la faune domestique.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire a souligné en 2013 que le risque de transmission directe du
bouquetin vers les bovins domestiques était très faible et que le risque économico-sanitaire était minime et maitrisable. Par ailleurs, on ne peut exclure le rôle que pourraient par exemple jouer les carnivores ou les petits ruminants domestiques ayant échappé aux prophylaxies.
Le Conseil National pour la Protection de la Nature qui s’était prononcé à une faible majorité en 2013
pour l’abattage des animaux séropositifs, refuse le 19 septembre de se prononcer à nouveau « en
l’absence d’une analyse actualisée » sur la demande du préfet de Haute Savoie de proroger son arrêté
d’abattage des bouquetins de plus de 5 ans au 1er avril 2015.
Lors de l’opération précipitée d’octobre 2013, aucune donnée sanitaire n’a été recueillie sur les
bouquetins abattus. Cette absence, scientifiquement inacceptable nous a privés d’informations
précieuses pour éclairer la gestion de l’épidémie et des phénomènes à venir. Ce que déplore le Conseil
Scientifique de l’Office National de la Chasse lors de sa réunion du 10 septembre 2014.
Pire, certains scientifiques s’accordent à penser que l’augmentation de la séroprévalence de la brucellose dans cette population résiduelle de bouquetins en 2014 serait liée à l’abattage et à la déstabilisation de cette population.
Par conséquent, le Syndicat National de l’Environnement demande de surseoir à toute opération
d’abattage des bouquetins dans le massif du Bargy, tant que nous ne disposerons pas d’une vision
systémique croisant différentes approches et disciplines, et permettant de mettre en oeuvre des mesures de gestion à la hauteur des enjeux.
Je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Le Secrétaire Général du SNE-FSU

Antoine 29/09/2014 14:33

merci pour votre mobilisation, par contre les photos ne sont pas anonymes et viennent du photographe Sylvain Dussans ( http://www.sylvaindussans.com/ ) qui les a accompagné qqes nuits ... merci de respecter son travail ;) .. et merci à lui pour le reportage !

Clem 28/09/2014 15:03

Vous êtes une belle bande d'irresponsables! Vous me donnez envie de vomir. OUI, il est primordial d'abattre les bouquetins du Bargy. Premièrement, ces bêtes souffrent; Les vieux bouquetins atteints de la maladie font même peur a voir. Savez vous qu'un jeune bornandin (adolescent) a été touché par la brucellose il y 2 ans? Avez vous assez de neurones pour vous mettre à la place de ce jeune ou même de ses parents?
Trouvez vous normal d'abattre un troupeau de 25 vaches sous 2 jours car une d'elle était touchée de brucellose? Imaginez vous le dommage moral occasionné par cette affaire pour la famille de l'agriculteur en question? 2 jours pour "buter 25 vaches", il faudra plusieurs années pour assainir le bargy à cause d'une bande de soi disant écolos qui comme d'habitude ont des attitudes réactionnaires.
Les autorités sanitaires ont mis 2 jours pour prendre la décision d'abattre un troupeau qui s’avère être un outil de travail. Les agriculteurs ont été solidaires. Mais ne sont pas allés camper devant la préfecture pour demander l'abattage des bouquetins du bargy. Alors que c'est malheureusement la seule solution. Vous êtes juste une bande d’égoïstes qui pensent seulement a votre petite rando du dimanche!
En tant que BORNANDIN et AMOUREUX DE LA MONTAGNE, je vous le dis du fond du cœur, LAISSEZ FAIRE LES AUTORITÉS QUI ONT ENFIN DÉCIDER D' éradiquer ce problème. N'oubliez pas que si l'on ferme les yeux sur cette épidémie, la filière fromagère hAUt savoyarde risque de beaucoup souffrir. Alors SVP rangez vos tentes QUechua et rentrez chez vous, nos montagnes en seront bien plus belles!

Matthieu Stelvio 03/10/2014 23:43

Tout d'abord, vous constaterez que j'ai accepté de publier votre message. J'aurais pu ne jamais le rendre visible ; ce que le ton de votre message aurait pu justifier.

Certains bouquetins souffrent. Mais la majorité des bouquetins contaminés sont asymptomatiques : c'est pour cette raison que la maladie s'est propagée silencieusement entre 1999 et 2012. Les bouquetins symptomatiques, souffrant d'arthrose ou d'inflammation des testicules, ont été abattus en priorité ; et il n'en reste plus beaucoup. Il y avait, avant les abattages massifs, environ une vingtaine de bouquetins symptomatiques, peut-être une trentaine. Sur 700, ce n'est pas si énorme.

Je sais qu'un jeune a été touché par la brucellose après avoir consommé du fromage au lait cru, et je sais également que le troupeau de vaches incriminé a été abattu. Tout cela est très triste. Toutefois, un troupeau de 25 vaches et une population de 700 bouquetins en liberté dans un massif sont deux choses bien distinctes ; et je crois qu'il est plus raisonnable de se fier aux avis de certaines instances scientifiques plutôt qu'à des instincts de vengeance. (Pour rappel, c'est un troupeau de vaches qui a contaminé les bouquetins en 1999.) Selon l'ANSES, le risque pour la filière fromagère haut-savoyarde est très faible, mais il est clair qu'il faut éliminer ce foyer de brucellose. Pour cela, le CNPN préconise de tester les bouquetins, et de n'abattre que les animaux positifs. Cette solution permettrait d'éviter que les bouquetins fuient vers les Aravis, et pourrait être appliquée rapidement dans la mesure où le test sérologique est totalement fiable.

Il me semble que sur ce blog, je n'ai jamais dit qu'il fallait fermer les yeux sur cette épidémie. D'autres solutions existent. Les campagnes d'abattages massifs de 2013 n'ont fait qu'aggraver la situation sanitaire en modifiant les dynamiques sexuelles des bouquetins survivants et en propageant la maladie aux bouquetins des classes d'âges quasi indemnes. De nouvelles campagnes de ce type pourraient provoquer la fuite des bouquetins vers les massifs voisins.

De plus, le fait que les bouquetins sont des mammifères protégés doit être mis dans la balance. Abattre 700 bouquetins sur 9000 ne menace certes pas l'espèce, mais ne doit pas être négligé, contrairement à ce que certains de nos détracteurs affirment (notamment le préfet). Ces relativisations sont dangereuses : décider du sort de 4 ou 8% des animaux d'une espèce, ce n'est pas rien. Les défenseurs des bouquetins n'ont jamais dit que 25 vaches, ça ne faisait que 0,00000167 % du cheptel bovin terrestre ; à l'inverse, certains représentants de ces défenseurs ont demandé au préfet que l'agriculteur touché soit mieux indemnisé.

Laurence 25/09/2014 14:27

Bonjour.pouvez vous me donner les horaires pour la manifestation de dimanche au col de la colombiere spv . Merci :)
En tout cas un grand BRAVO!!! Pour toutes les personnes qui ont investi la montagne pour protéger les bouquetins.....merci a elles ainsi qu'a toutes celles et ceux qui y participe de près ou de loin...vous auteur de ce blog.,....toutes les personnes qui ont signé la pétition et toutes celles qui vont la signer....un grand MERCI !! Pour les bouquetins et surtout Pour la MONTAGNE . :)

Matthieu Stelvio 26/09/2014 20:25

L'appel au rassemblement évoqué par Mahaut devait être lancé par la FRAPNA. La FRAPNA a finalement décidé de ne pas lancer cet appel. Mais rien ne vous empêche d'aller randonner en Bargy les jours prochains (plutôt avec un appareil photo à la main).

Merci pour votre précieux soutien !

Matthieu Stelvio 24/09/2014 21:43

L'appel au rassemblement évoqué par Mahaut devait être lancé par la FRAPNA. La FRAPNA a finalement décidé de ne pas lancer cet appel. Mais rien ne vous empêche d'aller randonner en Bargy les jours prochains (plutôt avec un appareil photo à la main).

maxen 24/09/2014 14:18

Merci d'aider à la préservation des bouquetins. Je suis de tout cœur avec vous.
Comment vous aider?

Frederic Vigne 24/09/2014 03:34

Bonjour,
Je tiens en premier lieu a dire que je ressens a la fois joie et tristesse. Tristesse pour le carnage annonce, evidemment. Mais aussi une reelle joie de voir que ce massacre, suppose se produire dans l'ombre et un silence aussi assourdissant que coupable, est jete en pleine lumiere par un certain nombre de gens pour qui l'indifference n'est simplement pas une option. Je veux dire le courage et la determination de ces gens, militants dans l'ame, dont j'ignore au fond a peu pres tout. Je veux aussi leur dire merci. Je ne connais pas l'issue de cette histoire. Denouement heureux? tragedie sanglante? Aucune idee. Mais quoi qu'il en soit, il y a des gens qui auront fait de leur mieux pour nous alerter et empecher ca.

Jacques 23/09/2014 12:35

Mahaut merci pour l'info, j'y serais samedi et dimanche dès l'aube

Edwige 24/09/2014 15:29

Bonjour,

Mahaut, y'a t'il une heure pour la manifestation du dimanche 28 septembre au col de la Colombière? Merci d'avance.

Edwige

Lu sur Camptocamp 23/09/2014 12:15

Hier, lundi 22 sept, et aujourd'hui, mardi 23 sept: deux jours que les gardes rebroussent chemin, que le préfet recule, voyant qu'à l'aube, il y avait déjà du monde dans le massif, du monde pour occuper le terrain et s'opposer à l'abattage des bouquetins!

Et oui, le camp de base fonctionne! Il est maintenant officialisé, dans la légalité, un climat pacifique, une bonne ambiance.
Des gens sont sur place depuis dimanche après-midi (ils ont été courageux car ça a été la tornade là-haut dimanche après-midi et dans la nuit!), y sont toujours. Y a eu de la relève. Il en faut encore. Selon vos disponibilités, n'hésitez pas à monter vous aussi. Là-haut, y a des tentes, un camp de basse, comme j'ai dit, avec ensuite répartition sur tout le massif. Vous pouvez monter le soir, avec nuit là-haut, à l'aube. Il faut que les tirs continuent d'être annulés en raison de notre présence dans la montagne. Garez les voitures sur le parking du col; ça montre notre présence et on ne peut rien vous faire. C'est légal d'aller dans la montagne, même à n'importe quelle heure. Pour les trailers qui veulent se mobiliser, ça peut être le prétexte d'une course à la frontale le soir, à la fraîche à l'aube...! C'est le moment ou jamais de se mobiliser!

Dans la foulée, appel pour la manifestation de dimanche 28 sept au Col de la Colombière.Il faut venir nombreux, que les 62000 signatures de la pétition, que notre mobilisation se voient! C'est hyper important! Y a de l'espoir!

Alors, s'il vous plaît, si vous êtes contre l'abattage, "bougez-vous", mobilisez-vous et mobilisez autour de vous, transférez ce message par tous les moyens de communication!!! Et n'oubliez pas de signer la pétition et d'inviter vos contacts à le faire!

MERCI!!!

Mahaut - Forum Camptocamp

Matthieu Stelvio 23/09/2014 11:34

Pour répondre à une question posée.
Il existe un vaccin pour les caprins. Celui-ci est commercialisé par la société Vétoquinol.
Il n'a pas encore été testé sur les bouquetins, qui sont pourtant des caprins.
Il aurait pu être testé sur ces animaux dès 2012.
J'ignore son prix, mais il serait peu onéreux.
Plus d'informations dans le dossier : Tout savoir sur les bouquetins du Bargy. http://lebruitduvent.overblog.com/2014/09/tout-savoir-sur-le-massacre-des-bouquetins-du-bargy.html

Papiflore 22/09/2014 17:33

Pour Mme Royal : charité bien ordonnée commencerait par un assainissement aussi radical de son entourage politique en passant par "Lui Président ... " et autre "responsable non coupable..." quelles calamités !