Le Bruit du Vent

Moi écologiste, pourquoi je voterai Benoît Hamon le 29 janvier 2017

26 Janvier 2017 , Rédigé par Matthieu Stelvio Publié dans #Société

Après avoir détruit au bulldozer des acquis sociaux, Valls accuse Benoît Hamon de défendre un rêve. Mais, de la même façon qu’une personne qui ne rêve plus est morte, une gauche qui ne rêve plus n’est-elle pas morte ? Les rêves font vivre ! Et ce sont justement les rêves qui sont à l’origine des plus grands progrès sociaux. L’abolition de la monarchie, de l’esclavage, de la peine de mort, la réduction du temps de travail, les congés payés, le droit à l'avortement, la lutte contre les discriminations, la sécurité sociale, le droit à la retraite étaient autrefois des rêves ! Des rêves qualifiés d'insensés par les classes dominantes. Mais des individus y ont cru, se sont battus pour leurs idées et ont fini par transformer ces rêves en réalité ! De Léon Blum à Victor Schœlcher en passant par Martin Luther King et son fameux : "I have a dream !"

 

Vive la gauche qui a des rêves ! Vive la gauche qui ne cède pas aux lois d’une économie folle conduisant notre planète à sa perte ! Benoît Hamon nous parle de la sanctuarisation de la biodiversité, voit l’eau, l’air et la terre comme des biens communs à mettre l’abri de toute captation privée ! Enfin un candidat qui aborde le thème du bien-être animal face à l’horreur des abattoirs industriels ! Enfin un candidat qui nous parle de circuits courts, d’agriculture biologique comme moyen de créer des emplois, de préserver l'environnement et notre santé ! Il est, par ailleurs, impératif de lutter contre la pollution de l’air, qui tuerait chaque année, en France, 48 000 personnes ! Nos enfants ont le droit d’avoir des poumons roses plutôt que noirs ! Oui à la fin du diesel dès 2025 ! (Baissons nos chauffages, mettons des pulls !)

 

Comme il le défend, il est impératif de réduire rapidement l’activité de nos centrales nucléaires, de plus en plus vieillissantes et menaçantes. Ne nous laissons pas berner par les journaux télévisés : l’Autorité de Sûreté Nucléaire aurait probablement déclarée les réacteurs de Fukushima sûrs avant qu’un séisme de magnitude 9 et qu’un tsunami ne les dévastent… Arrêtons de surestimer notre emprise sur la Nature : que se passerait-il, pour nos centrales, si durant une longue période de grand froid, le Rhône et la Loire gelaient ? Faire courir de tels dangers à des millions d’entre nous, à nos enfants et à nos voisins est une pure hérésie ; surtout qu’en incluant les coûts des démantèlements, les coûts humains de l’extraction de l’uranium en Afrique et de la gestion de déchets nocifs pour encore des dizaines de millénaires, le nucléaire est loin d’être l’énergie la plus rentable (et la plus productrice d'emplois).

 

Comme le défend Benoît Hamon, la lutte contre la détérioration des conditions de travail est impérative. Pour beaucoup, le rendement prend, à grands pas, le dessus sur l’humain. Cette tendance ne fait que s’empirer que ce soit, à titre d'exemple, dans les entreprises ou les hôpitaux. Manuel Valls nous explique inlassablement que l’humain est fait pour s’épanouir dans ce monde du travail qu’il a contribué, par sa politique, par ses lois Macron et El Khomri, à déshumaniser. Lorsque le travail ne devient plus qu’un strict enjeu économique, l’individu n’y trouve plus de sens, et finit par craquer. Il faut redonner une dimension humaine au monde du travail ; et ce n’est ni Manuel Valls ni Emmanuel Macron qui en sont capables, car ils ne font que prôner une libre concurrence qui conduit à l’épuisement des salariés. À laquelle s’ajoute une volonté d’allonger le temps de travail, de multiplier les heures supplémentaires au détriment de nouvelles embauches… En épuisant ainsi les travailleurs jusqu’à un âge avancé, c’est l’espérance de vie en bonne santé qui commence à diminuer en Europe ! Manuel Valls et Emmanuel Macron ajoutent à ces reculs sociaux une précarisation des emplois et une facilitation des licenciements, ce qui conduit inexorablement à un plus grand stress des employés à l’origine d’une dégradation de leur état de santé. Sans oublier le travail le dimanche (briseur de liens sociaux et familiaux), une diminution du nombre de jours d’absence autorisés dans une entreprise suite au décès d’un proche… Autant dire que Valls et Macron cherchent à grignoter les salariés jusqu’à la moelle pour arrondir les fins de mois des petits et des grands patrons.

 

Comme le souhaite Benoît Hamon, il est nécessaire de sérieusement s’attaquer au phénomène émergeant du Burn Out, de redonner une dimension plus humaine au monde du travail. Il faut aider les salariés à gérer leur temps de travail en leur donnant un droit inconditionnel au temps partiel, tout en leur offrant plus de moyens de s'engager au service du collectif, et en incluant le temps consacré aux engagements associatifs dans le calcul des droits à la retraite ! Taxer les automates, qui prennent des emplois humains, serait une mesure juste, permettant de renflouer les finances de l'Etat pour assurer un service public au visage plus humain.

 

Dans la lignée du Revenu minimum d'insertion créé par Michel Rocard en 1988, le Revenu universel d'existence serait un progrès, car ce serait un moyen de lutter contre la pauvreté extrême dans  une France où la peur de dormir dans la rue touche de plus en plus de monde. Dans une France où les inégalités sont criantes, les impôts des plus aisés permettraient de financer ce revenu modeste. En outre, ces quelques centaines d'euros distribués seraient rapidement remis dans la machine économique publique (par le biais de la TVA) et privée puisque lorsqu'on gagne peu, on épargne peu. Arrêtons d’écouter ces économistes qui se trompent sans cesse, et qui sont au service de médias détenus par les grands groupes financiers. Arrêtons le cynisme : nous vivons dans un monde, qui n’a jamais été aussi riche, où les 1 % les plus fortunés possèdent plus que le reste de la planète ! Bien sûr que la marge de manœuvre est grande ! Bien que déjà expérimenté par la Finlande, le projet de Revenu universel est certes très ambitieux, mais lancer un premier étage de la fusée destiné aux plus faibles serait déjà une avancée considérable. Le lancement des étages suivants de la fusée serait une nouvelle façon d’envisager la distribution des richesses, déconnectée de la logique libérale et productiviste, destructrice de la planète. Non à la croissance des multinationales, oui à la croissance de la Nature !

 

Il faut donner plus de moyens aux hôpitaux, aux écoles, aux universités, à la culture plutôt que de multiplier les cadeaux fiscaux à des entreprises, dont le but (lucratif, par essence) n'est pas de rendre la pareille. La richesse d’un pays ne se mesure pas à sa croissance économique, mais à sa richesse sociale. Dans un monde aux ressources finies, il est parfaitement raisonnable de vouloir cesser cette course obsessionnelle à la croissance. Croire le contraire est une dangereuse utopie. Et « les rêves » de Benoît Hamon sont bien plus raisonnables que le programme de Manuel Valls.

 

Quel est le rêve porté par Manuel Valls ? Celui de l’austérité et de l’autorité, d’une France roulant pour le CAC 40 et Wall Street ? Non à cette France soi-disant pragmatique qui n’offre aucun horizon à la jeunesse si ce n’est celui de la déprime, de l’injustice et de la colère ! Non à cette France mesquine qui harcèle les plus faibles, cette France dans laquelle un enfant en situation irrégulière meurt en se jetant par une fenêtre pour échapper à un contrôle d’identité. La gauche de Valls ? Mais quelle gauche ? Celle qui lutte contre l’accueil des réfugiés, qui dit non à la générosité allemande ? Celle qui envoie des grenades sur des militants pacifiques ? Celle qui met des centaines de milliers de salariés et d’étudiants dans les rues ?

 

Manuel Valls et François Hollande se sont emparés du Parti Socialiste pour le transformer en parti libéral, à l’écoute des groupes financiers, ignorant les aspirations des personnes les plus modestes. Pour éviter que le peuple ne se réveille, la recette est simple : la peur. « La France est en guerre », c’est ce que Brutus nous répète sans cesse. Ayons peurs et taisons-nous ! Et tant pis, si le peuple se réveille et si les députés de son propre camp se lèvent : Manuel Valls impose son autorité, une autorité ruinant la démocratie tenant en trois lettres : CRS et en trois chiffres 49.3.

 

Obsédé par l'autorité, l'austérité et la défense, Brutus est, de fait, de droite, il s’est sans doute dit que la seule façon, pour lui, de percer était de faire une OPA sur une gauche à l’agonie, de devenir le Sarkozy de la gauche. Mais, comme l’ont démontrés les résultats du 22 janvier 2017, le peuple de gauche ne se laisse pas endormir par les médias dominants. Entré en campagne, Valls cherche à séduire, tente de faire oublier son autorité (on lui aurait imposé le 49.3), de subitement verdir ses propos (malgré son bilan 2014–2016, il serait aussi écologiste que Hamont), de virer plus à gauche, de s'attendrir... mais ces mots ne sont que des mots destinés à charmer, déconnectés de la triste réalité sociale d'un bilan et d'un projet. Du pur baratin électoral !

 

Valls se dit pragmatique, mais son pragmatisme est celui des patrons et des grands groupes financiers, pas celui des citoyens, pas celui de la planète que nous destinons aux générations futures. Valls veut que les plus faibles se serrent la ceinture, alors que lui pioche dans l’argent des contribuables pour aller voir un match de football à Berlin en Falcon (attitude hautement écologiste) avec ses enfants… « Mangez des pâtes, je vais au foot en Falcon ! » Bel hommage à Marie-Antoine : « Ils n’ont plus de pain ? Donnez-leur de la brioche ! »

 

J’ose croire que Benoît Hamon, homme courtois et à l’écoute (qui n’a rien de l’arrogance et de l’agressivité d’un Manuel Valls), pourrait redonner un nouveau souffle à notre démocratie, à une démocratie plus participative et moins représentative, à une démocratie qui regarde loin, qui ne ferme plus ses portes, qui dit oui à une Europe plus juste et plus sociale !

 

Dimanche 29 janvier 2017, je voterai à nouveau pour les idées de Benoît Hamon. Et ce même si je crois que Hamon ne va pas assez loin sur les questions écologiques (en finir avec les transports individuels, lutter pour la gratuité des transports en commun, sortir plus vite du nucléaire, etc). Je ne crois pas vraiment aux hommes providentiels : je voterai pour lui, pas par béatitude, mais simplement pour que mon pays prenne un chemin que je crois meilleur que celui qui nous est proposé par beaucoup d'autres candidats, en espérant que par la suite, Benoît Hamon cherchera avant tout à défendre des idées justes plutôt qu'à séduire un large électorat. La sincérité d’une conviction paiera toujours plus que n'importe quel calcul.

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ConscienceAvenir 27/01/2017 00:07

Bonsoir, magnifique plaidoirie .
Je suis Belge et si j'étais en France je ferais exactement le même constat .
Mais en tant qu'Européen et pour l'avenir écologie et sociale-humain de l'europe je vote B.Hamon