Le Bruit du Vent

Pétition : stop au massacre des bouquetins du Bargy (synthèse)

20 Octobre 2013 , Rédigé par Matthieu Stelvio Publié dans #Bouquetins du Bargy : l'essentiel, #Bouquetins du Bargy

Pétition : stop au massacre des bouquetins du Bargy (synthèse)

Emblème des Alpes, le Bouquetin est un animal doux et paisible. Un arrêté ministériel interdit sa chasse. Toutefois, en Haute Savoie, dans le massif du Bargy, l’Etat a récemment ordonné l’extermination des bouquetins âgés de plus cinq ans. Les 1 et 2 octobre 2013, 197 bouquetins ont ainsi été abattus. Pour cacher le massacre, l’accès et le survol du massif ont été interdits durant plusieurs jours. Avant d’être incinérées, de nombreuses carcasses ont été évacuées par hélicoptère au-dessus des têtes des habitants du Bargy. Des opérations plus discrètes seront menées cet hiver.

Cette décision d’abattage est consécutive à la découverte d’une souche de Brucella, bactérie responsable de la brucellose, dans le lait d’une vache. Depuis cet événement, des investigations ont permis de détecter la brucellose chez une minorité bouquetins.

La brucellose peut infecter l’humain lorsqu’il consomme des aliments au lait cru. Cette maladie, très rare, peut être grave, mais elle peut aussi être soignée ; elle s’exprime de multiples manières, et a un taux de létalité inférieur à 5%. La transmission interhumaine est quasi inexistante.

Le groupe d’experts indépendants de l’ANSES a estimé que le risque de transmission du bouquetin aux troupeaux domestiques était faible, voire minime, et qu’il n’y avait donc aucune urgence à agir. L’Etat a préféré ne pas les écouter.

Une décision prise à l’aveugle : à propos de la valeur des observations

Bien que précaires, les statistiques sérologiques montreraient que la prévalence de la maladie serait moins importante chez les jeunes bouquetins (d’où la décision de tuer tous les individus de plus de 5 ans). Néanmoins, les statistiques révèlent aussi qu’il est possible que les jeunes mâles soient quatre fois plus touchés par la maladie que les plus âgés. L’ANSES estimait donc qu’avant d’avoir recours à d’éventuelles mesures drastiques, il aurait été plus sage de recueillir plus d’informations sur la population (très mal connue) des bouquetins du Bargy. Surtout que c’est l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) qui a géré les rares observations des bouquetins du Bargy. Or, l’ONCFS a en charge deux secteurs dont les intérêts divergent, et est fortement influencé par le lobby de la chasse. Ainsi, un rapport publié par la Cour des Comptes en 2012 met fortement en cause la partialité de l’ONCFS. S’appuyant sur les observations effectuées par l’ONCFS, la copie du groupe d’experts ne serait-elle pas entièrement à revoir ?

L’abattage massif, un mauvais choix

La solution choisie, l’abattage éclair des bouquetins de plus de 5 ans, nuit à l’étude de la dynamique de la maladie, et ne permet pas de récolter assez de données pour faire face à d’éventuels nouveaux foyers.

Les bouquetins du Bargy ne se déplacent pas (ou très peu) vers les autres massifs. Les bouquetins des massifs voisins ne sont d’ailleurs pas atteints de brucellose. Un abattage éclair génère un stress important, et peut provoquer une fuite de bouquetins infectés vers d’autres massifs, ce qui étendrait la maladie.

La solution choisie aura des conséquences importantes sur le reste de la faune. Les cadavres de bouquetins contenant les balles de plomb seront mangés par des oiseaux rares et fragiles, sensibles au saturnisme.

Malheureusement, de jeunes bouquetins ont sans doute été tués par erreur, car, à distance de tir, il est quasi impossible de déterminer l’âge d’une femelle de plus de 2 ans ; par ailleurs, celles-ci peuvent être confondues avec de jeunes mâles. Tuer des femelles condamne des cabris à devoir survivre sans leur mère.

L’abattage choisi élimine de nombreux individus sains. Il aurait été plus logique (mais plus long) de faire le tri et de n’éliminer que des bouquetins malades. L’abattage exclusif des animaux malades était une solution moins brutale et permettait d’assurer un suivi sanitaire constructif et précieux en cas de nouvelle émergence de brucellose. Plus douce, cette méthode aurait moins stressé les bouquetins, et diminuait le risque de fuite vers d’autres massifs, mais elle nécessitait des moyens financiers plus importants. Des moyens financiers qui méritaient toutefois d’être mis en balance avec l’impact de l’abattage drastique sur le tourisme, principal source de revenu du Bargy, qui était jusqu’à lors favorisé par la présence du Bouquetin.

Il y avait d’autres solutions !

Laisser faire la Nature ! Par le passé, un foyer de brucellose a été identifié chez des bouquetins du Grand Paradis. Il s’est éteint de lui-même sans intervention humaine.

Des mesures sanitaires rudimentaires. Le risque de transmission de la brucellose du bouquetin à la vache étant déjà exceptionnel, la simple pasteurisation du lait aurait éliminé le risque de transmission de la vache à l’homme. A défaut, la surveillance bactériologique du lait était adaptée. Une rudimentaire surveillance spatiale des troupeaux domestiques permettait de maîtriser le risque, car les bouquetins et les bovins évoluent très rarement sur les mêmes territoires.

La vaccination. La vaccination de toutes les vaches aurait éliminé le risque de transmission du bouquetin à la vache. Vacciner les bouquetins aurait enrayé la progression de la maladie, et aurait pu permettre de n’abattre aucun animal, car si la transmission est bloquée, la progression de la maladie l’est également ; d’où l’inutilité, dans ce cas, de tout abattage. Cette solution n’a pas été sérieusement étudiée : « Les experts disposent de trop peu de temps pour évaluer l’intérêt de la vaccination dans le cas présent mais soulignent le fait que la vaccination pourrait représenter une alternative ». Pas le temps de réfléchir, feu !

Le risque de transmission de la brucellose du bouquetin au bovin est minime. Il n’y avait pas, pour les experts, d’urgence à agir dès 2013, il fallait recueillir de nouvelles données et formuler de nouvelles réflexions avant de prendre une décision ; l’Etat ne les a pas écoutés, a fusillé 197 bouquetins en 2 jours, et pourrait décider d’éradiquer les survivants dès le printemps prochain ; et ce, alors que cette espèce emblématique des Alpes est protégée et interdite de chasse.

Pour l’anecdote, l’arrêté ordonnant l’abattage a été signé le 1 octobre, et peut faire l’objet d’un recours contentieux dans un délai de 2 mois à compter de sa notification. Sauf que le délai moyen qui sépare le dépôt d'une requête de son jugement est compris entre sept mois et deux ans et demi, et qu’au lendemain de la signature de l’arrêté, 197 bouquetins étaient déjà abattus.

Il est possible de protester contre l’abattage des bouquetins en signant cette pétition :

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Petition_Stop_a_labattage_des_bouquetins_du_Bargy/

Texte et photos : MS. Sources et informations complémentaires : http://lebruitduvent.overblog.com/bouquetins.html

Pétition : stop au massacre des bouquetins du Bargy (synthèse)
Pétition : stop au massacre des bouquetins du Bargy (synthèse)
Pétition : stop au massacre des bouquetins du Bargy (synthèse)
Pétition : stop au massacre des bouquetins du Bargy (synthèse)
Pétition : stop au massacre des bouquetins du Bargy (synthèse)
Pétition : stop au massacre des bouquetins du Bargy (synthèse)
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Paul Johan de Graauw 12/01/2016 08:10

Je ne pense honetement pas que le Plan de chasse soit justifie. Serait-de um trophe convoite ?

Chantal (Belgique) 15/11/2013 16:16

S'ils tuent les bouquetin, un si bel animal, pourquoi ne tuent ils pas les vaches? Oh suis je bête! Elles rapportent du fric elles.
Je constate depuis quelque temps que la France tue, tue encore, et tue toujours les animaux sauvages. C'est tellement plus facile que de chercher une solution et puis, ça fait plaisir aux chasseurs. Quelle tristesse! Ces photos sont très belles!