Le Bruit du Vent

Bouquetins du Bargy : lettre au Président de la République

29 Octobre 2013 , Rédigé par Matthieu Stelvio Publié dans #Bouquetins du Bargy : l'essentiel, #Bouquetins du Bargy

Bouquetins du Bargy : lettre au Président de la République

Cette lettre a été envoyée à Monsieur Le Président de la République, avec demande d'accusé de réception, le 28 octobre 2013. Je vous invite à continuer à partager la pétition : https://secure.avaaz.org/fr/petition/Petition_Stop_a_labattage_des_bouquetins_du_Bargy

Objet : Lettre ouverte. 7049 citoyens demandent l’arrêt de l’abattage des bouquetins dans le massif du Bargy en Haute-Savoie.

Monsieur Le Président de la République,

Après avoir été éradiqué du territoire français au XIXème siècle, le Bouquetin des Alpes a pu être réintroduit dans quelques massifs. Aujourd’hui, sa population est estimée, en France, à seulement une dizaine de milliers d’individus. Encore fragile, ce paisible animal, à la stature majestueuse, est devenu emblématique des montagnes.

Sur le plan européen, la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel protège le Bouquetin des Alpes. Sur le plan national, l’arrêté ministériel du 23 avril 2007 stipule que l’abattage du Bouquetin des Alpes est interdit sur tout le territoire métropolitain et en tout temps. Malgré ces protections, l’arrêté préfectoral n°2013274-0001, signé le 1er octobre 2013 par le Préfet de Haute-Savoie, ordonne l’abattage des bouquetins de cinq ans et plus, dans le massif du Bargy. Valable un an, cet ordre d’abattage est consécutif à la découverte, en avril 2012, d’une souche de Brucella, bactérie responsable de la brucellose, dans le lait d’une vache. Depuis cet événement, des investigations ont été conduites, et ont permis de détecter la présence de brucellose chez une minorité de bouquetins du Bargy.

Le 4 septembre 2013, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) a publié un avis relatif aux « mesures à prendre sur les bouquetins pour lutter contre la brucellose dans le massif du Bargy ». Dans ce rapport, les experts « s’interrog[eaient] sur la réalité de l’urgence (et notamment d’une mise en œuvre [d’un plan d’abattage] avant la fin de l’année 2013) ». Ils « insist[aient] sur l’importance d’un temps scientifique avant la mise en œuvre de mesures de gestion », et regrettaient « que cette saisine leur ait été confiée assortie d’un délai très court conjugué à un contexte d’incertitudes épidémiologiques ». La population des bouquetins du Bargy est peu connue, et les statistiques sérologiques disponibles sont très approximatives. C’est donc dans « un paysage de connaissances très incomplet » que la décision a été prise de tuer tous les individus de cinq ans et plus.

Les experts affirment que « le risque de transmission de la brucellose des bouquetins aux cheptels domestiques reste minime ». La contamination d’un cheptel domestique par des bouquetins « qui s’est produite en une unique circonstance sur 12 ans de cohabitation animaux domestiques - faune sauvage (…) correspondrait plutôt à un évènement de type accidentel et exceptionnel. » Ainsi, en automne 2012, l’absence d’infection chez les 211 troupeaux éventuellement exposés a été démontrée. Les experts évoquent plusieurs solutions alternatives à l’abattage massif, choix risqué à plus d’un titre, dont la vaccination, l’application de mesures de biosécurité (tenir les troupeaux à l'écart des zones de pâture des bouquetins est peu contraignant : « les contacts rapprochés entre bouquetins et ruminants domestiques sont en effet rares ») ou encore l’abattage ciblé sur les animaux séropositifs ou cliniquement suspects.

L’ANSES conclut que son « analyse ne permet pas de confirmer la nécessité de mettre en œuvre dans l’urgence les actions d’abattage envisagées », et déclare avoir besoin de données complémentaires pour se prononcer sur l’efficacité des différentes mesures.

S’appuyant sur le rapport de l’ANSES, reflet d’une expertise scientifique indépendante et pluraliste, la commission faune du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) a rendu son avis le 11 septembre 2013. Elle « considère que si l’éradication du foyer de brucellose chez le bouquetin des Alpes dans le massif du Bargy s’avère indispensable, elle n’a nullement besoin d’être réalisée dans l’urgence. » Elle prend en compte « le fait que le risque de contamination tant pour l’Homme que pour les animaux domestiques (…) est extrêmement faible et que la filière du reblochon n’est absolument pas affectée par l’éventuelle présence de Brucella dans du lait pouvant être utilisé dans la fabrication de ce fromage, étant donné le fait que cette bactérie est inactivée durant le processus d’affinage du fromage (cf. saisine de l’ANSES N° 2012-SA-0115 en date du 31 octobre 2012) ». Demandé par le Préfet de Haute-Savoie, « l’abattage total et immédiat de la totalité des animaux appartenant à cette espèce sur le massif n’a pas été retenu (3 voix pour, 17 contre et 1 abstention) au profit d’un abattage partiel. » Concernant l’abattage partiel, la solution retenue par le CNPN (13 voix pour, 6 contre et 1 abstention), est l’abattage, sur une durée de trois ans, des seuls animaux séropositifs.

Contrairement à la préconisation du CNPN, l’abattage ayant actuellement lieu dans le massif du Bargy ne vise pas les seuls bouquetins séropositifs (effectif estimé à 35% sur un échantillon représentatif de 54 animaux), mais les individus de cinq ans et plus (effectif estimé à 70%). En l’état actuel des connaissances, il existe, pour le CNPN, une solution plus satisfaisante à la mesure ordonnée ; ce qui remet en cause, d’après l’article L. 411-2-4° du Code de l’Environnement, les dérogations accordées aux interdictions encadrant le statut de protection du Bouquetin des Alpes qui ne peuvent être délivrées que s’ « il n’existe pas d'autre solution satisfaisante ».

Compte tenu du statut national et européen de protection du Bouquetin des Alpes, et considérant la remise en cause, par les experts, de la pertinence de la situation d’urgence, il semble précipité d’avoir recours à un abattage drastique sans laisser le temps à l’ANSES d’évaluer les conséquences des différentes alternatives, d’obtenir un suivi sanitaire et populationnel approprié, et d’étudier la solution de la vaccination.

Au moins 220 bouquetins ont déjà été tués en 28 jours (ce qui pourrait représenter entre 44 et 76% de la population du Bargy). Parmi les animaux abattus, une grand part d’individus n’est pas malade. En outre, comme le précise le CNPN, à distance de tir, l’estimation de l’âge des femelles s’avère extrêmement difficile. Pour Eric Weber, auteur de Sur les traces des Bouquetins d’Europe, à moins d’avoir les cornes en main, il est quasi impossible de connaître l’âge d’une femelle. De nombreux bouquetins sont donc probablement tués hors du cadre de l’arrêté préfectoral.

C’est dans ce contexte que 7049 citoyens demandent « l’arrêt de l’abattage systématique des bouquetins du Bargy de plus de cinq ans », et l’abrogation de l’arrêté préfectoral n°2013274-0001 qui en découle. C’est dans ce contexte que 7049 citoyens expriment leur « désaccord avec toute décision ultérieure d’abattage de bouquetins dont le statut sérologique est soit inconnu soit négatif à la brucellose ». C’est dans ce contexte que 7049 citoyens expriment leur « attachement à la conservation du statut de protection des bouquetins, espèce interdite de chasse ».

J’ai l’honneur, Monsieur Le Président de la République, de vous prier d’agréer l’expression de ma très haute considération.

Matthieu STELVIO, Initiateur de la pétition Stop à l’abattage des bouquetins du Bargy.

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Je vous invite à continuer à partager la pétition : https://secure.avaaz.org/fr/petition/Petition_Stop_a_labattage_des_bouquetins_du_Bargy

Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.
Texte et photos : Matthieu Stelvio.

Texte et photos : Matthieu Stelvio.

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Matthieu Stelvio 20/12/2013 23:48

Le Ministre chargé de l'Ecologie a accusé réception d'une lettre de même contenu le 29 octobre 2013.

chiartano 15/02/2014 17:06

c'est bien pour un ministere de " l'ecologie " d'accuse reception, encore faudrait il qu'ils soient vraiment ecolo pour repondre et non bobo- ecolo, navigateur , rouge vert , sur lyon et l'abattage de genre daims dans un parc de l'agglo,(toujours le meme prefet) aucun "ecolo n'a bouge, de meme pour les elephants , pour le grand stade , d'ailleurs il n'a que le nom de grand, l'ecolo medecin avocat qui se battait soi disant pour sauver les terres agricoles,juste une petite amelioration de l'indemnite, que dire du grand aeroport de je ne sais ou serge

Matthieu Stelvio 28/11/2013 22:17

Le Premier Ministre a accusé réception d'une lettre de même contenu le 29 octobre 2013. Le Chef de Cabinet du Premier Ministre a répondu à cette lettre le 18 novembre 2013 en réaffirmant la position de l'Etat.

Matthieu Stelvio 02/11/2013 13:08

La Présidence de la République a accusé réception de cette lettre le 29 octobre 2013.