Le Bruit du Vent

Station de ski : le bobard de l’extension compensée (illustré par Chamrousse et le massif de Belledonne)

7 Mars 2015 , Rédigé par Matthieu Stelvio Publié dans #Industrie du ski, #Préservation de Belledonne, #Marchandisation de la biodiversité

Station de ski : le bobard de l’extension compensée (illustré par Chamrousse et le massif de Belledonne)

Ah autrefois, Chamrousse devait être une belle montagne sauvage, entourée de nombreux lacs naturels, offrant un grand ciel pur, et un panorama à 360° sur des massifs immaculés. Mais depuis quelques décennies, des investisseurs ont quadrillé ce bel espace pour en faire une station de ski à la disgrâce olympique. Difficile de trouver du charme à ce gros caillou surfréquenté, rasé par les bulldozers, recouvert de pylônes et de câbles, et surplombant la pollution légendaire de la cuvette grenobloise. Poussant le mauvais goût à son paroxysme, les financiers du ski ont étendu leur domaine jusqu’au cœur des sublimes lacs Robert.

À l’instar de nombreux « amoureux de la Nature », je peste depuis toujours contre la remontée mécanique reliant ces Lacs Robert à Chamrousse, et j’espérais naïvement qu’un de ces jours, le « bon sens » conduirait les élus à démonter cet ouvrage afin de mieux protéger ce lieu, qui est classé « zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique » de grade élevé, et qui est qualifié, par le Ministère de l’Ecologie, de « site naturel majeur » à la « flore rare et diversifiée » et au « paysage unique ». Le biotope des lacs est déjà si lourdement impacté par la station qu’il n’était même pas imaginable qu’un élu puisse oser envisager d’étendre le saccage au Grand Van, en entourant les lacs Robert d’autres pistes et d’autres remontées… C’était sans compter sur le nouveau maire de Chamrousse, Philippe Cordon, qui aurait la ferme intention de détrôner les bouquetins de leur sommet fétiche, le Grand Van, pour les remplacer par des dameuses et de bons gros pylônes (1). Quant aux lacs Robert, ils pourraient être utilisés pour alimenter les futurs canons à neige des futures pistes du Grand Van ; qui sait ? Et tant pis si ces canons recrachent de temps à autre un bel Omble chevalier.

Pour réaliser ce projet (qui, compte tenu du contexte climatique, n’a rien de pérenne), la station serait épaulée par la Caisse des dépôts, « groupe public au service de l’intérêt général ». Après les abattages massifs du Bargy, il n’y a donc désormais plus vraiment de doute : lutter contre les bouquetins, qui squattent des espaces sauvages, est dans « l’intérêt général ». Le territoire de Capra ibex ne peut plus rester vierge, et doit être utilisé à des fins économiques tels que l’élevage ou le marché du ski. Myrtille sur la montagne : la zone des Lacs Robert abrite des tétras lyre, coqs sauvages menacés de disparition, qui passent l’hiver à lutter contre le froid dans des igloos, et dont le simple dérangement par un skieur peut conduire à un épuisement mortel. Outre la dégradation paysagère et l’impact de la neige artificielle, l’extension de la station augmenterait fortement la fréquentation du site, et nuirait donc à la faune.

Le comble est que cette extension serait en partie « justifiée » par le futur accès du massif de Belledonne au statut de Parc Naturel Régional, afin de faire de Chamrousse « l’entrée principale et l’emblème du futur parc naturel ». Autrefois, à l’époque de la création du Yellowstone, les parcs naturels étaient destinés à préserver la Nature, mais les temps changent, et à l’instar d’Eurodisney, ces parcs se transforment en vitrine publicitaire, si bien que les zones les mieux préservées sont désormais souvent en dehors des parcs !

Rassurons-nous, car des mesures compensatoires seraient entreprises. En dégradant le secteur du Grand Van, partiellement (hélas !) classé Natura 2000, la station de Chamrousse pourrait être contrainte de restaurer la biodiversité d’un autre site. Ce qui tombe à pic puisque dans le même temps et dans le même massif, le vallon de la Combe Madame est justement placé sur le marché des mesures compensatoires ! En clair, la station de Chamrousse pourrait légalement dégrader le Grand Van en finançant, en guise de compensation, la réhabilitation de la faune et de la flore d’un vallon situé quelques kilomètres plus loin. Sauf qu’en pratique, Combe Madame est l’un des sites les plus sauvages de France, et que, dans un monde si riche en territoires ravagés, prétendre vouloir réhabiliter la biodiversité d’un vallon aussi bien préservé a tout de la farce burlesque. Peu importe : des techniciens (humoristes ?) sont déjà sur le coup, et se creusent la tête pour essayer de rendre ce vallon sauvage encore plus sauvage : ils envisagent, par exemple, d’en interdire partiellement l’accès aux randonneurs ou de créer une minuscule mare.

La perversion va encore plus loin. Le vallon de la Combe Madame appartient iniquement à EDF qui souhaitait initialement l’utiliser pour produire de l’hydro-électricité, mais l’entreprise a abandonné le projet « au profit » de la construction de l’immense et très impactant barrage de Grand-Maison sur l’autre versant de Belledonne. Pour rentabiliser cette Combe Madame qui jusqu’ici ne lui a jamais rien rapporté, EDF a donc décidé de placer ces 1300 hectares sur le « marché des mesures compensatoires de biodiversité », et ce avec la bénédiction du Ministère de l’Ecologie (… et de l’Energie). En clair, amis investisseurs de l’or blanc, si vous saccagez une montagne, pensez à donner un peu d’argent à EDF qui se chargera de donner un coup de peigne à deux brins d’herbe ailleurs ! Ce marché « du droit à polluer » est ridicule et abject, mais l’important, n’est-il pas qu’il soit rentable ?

Faisant son petit marketing, EDF prétend travailler avec les acteurs de la protection de l’environnement, mais pour un membre de la FRAPNA (association de défense de la Nature reconnue d’intérêt public), les compensations envisagées sur le site de la Combe Madame ne « garantissent pas de gain écologique », et EDF ferait mieux de réhabiliter une « rivière polluée » ou des « champs de nitrate ». De son côté, la reine de l’uranium estime sans doute qu’il est plus facile de reverdir son image en dressant des procès verbaux à trois marcheurs plutôt qu’en fermant des centrales nucléaires arrivées à expiration.

Entre l’extension de l’Alpe d’Huez, les pistes de goudron de Corrençon, le projet de téléphérique de Grenoble au Vercors, et les futures remontées du Grand Van, les montagnes iséroises sont inéluctablement rongées par des stations de ski adeptes du greenwashing. Grâce à la célèbre recette « investissement et déficit publics pour bénéfices privés », le monde sauvage disparaît à une vitesse inquiétante, et n’est déjà plus qu’un lointain souvenir dans certains massifs alpins… Seules des mesures compensatoires réelles et pertinentes pourraient contribuer à freiner la dangereuse mégalomanie de certains élus. Face à la saturation des cimes, toute nouvelle installation de remontée mécanique ne devrait-elle pas s’accompagner du démontage d’une ancienne remontée à proximité ? Dans ces conditions, le maire de Chamrousse serait-il toujours partant pour s’attaquer aux bouquetins du Grand Van ? MS

(1) Déclaration du maire lors de l’Assemblée Générale de l’Association de Défense des Habitants et de l’Environnement de Chamrousse. Information qui m’a été transmise par une source proche du dossier.
(1) Déclaration du maire lors de l’Assemblée Générale de l’Association de Défense des Habitants et de l’Environnement de Chamrousse. Information qui m’a été transmise par une source proche du dossier.
(1) Déclaration du maire lors de l’Assemblée Générale de l’Association de Défense des Habitants et de l’Environnement de Chamrousse. Information qui m’a été transmise par une source proche du dossier.
(1) Déclaration du maire lors de l’Assemblée Générale de l’Association de Défense des Habitants et de l’Environnement de Chamrousse. Information qui m’a été transmise par une source proche du dossier.
(1) Déclaration du maire lors de l’Assemblée Générale de l’Association de Défense des Habitants et de l’Environnement de Chamrousse. Information qui m’a été transmise par une source proche du dossier.

(1) Déclaration du maire lors de l’Assemblée Générale de l’Association de Défense des Habitants et de l’Environnement de Chamrousse. Information qui m’a été transmise par une source proche du dossier.

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Guillaume 13/10/2015 17:37

Je comprend très bien votre avis, mais de l'autre côté de la balance il y a une économie locale et la pérénisation des emplois. Chamrousse, contrairement à de nombreuses stations ne s'est pas étendu depuis les JO, ce projet est le seul qui va empiéter sur la nature dans le but de redresser et re-développer la station. Les Vans étant déjà sur fréquenter été comme hiver (randonneur et ski de rando). Après c'est vrai que ce secteur sans pylônes est vraiment magnifique et "sauvage". Une affaire à suivre.

Pour ma part je suis vraiment pour le développement du transport urbain par câble, qui fonction très bien dans la capitale du plus pauvre pays d'Amérique Latine en Bolivie (nombreuses lignes construites depuis peu (2 ans et de nouvelles lignes en projet) sans contestations, la population retrouve des déplacements faciles et réduit fortement l'utilisation de la voiture et ainsi des embouteillages) :
http://www.montagne-aventure.net/2015/05/21/mercredi-1er-octobre-2014-jour-11-la-paz/

Matthieu Stelvio 18/11/2015 21:48

Les emplois ! Parlons-en ! 70 millions sur la table pour combien d'emplois ? Ce n'est pas sérieux ! Pour créer des emplois, il y a des solutions plus intelligentes, et plus respectueuses de l'avenir.
Pour le transport urbain par câble, à voir. Mais le vélo coûte moins cher, est meilleur pour la santé, est plus respectueux de l'environnement, fait travailler plus de monde ; et une piste cyclable, c'est moins moche que des pylônes.

ano 13/10/2015 16:21

Article très (trop) orienté!

Matthieu Stelvio 18/11/2015 21:49

Commentaire très (trop) orienté ! Ou comment débattre sans se fatiguer...

Jonathan Perret 13/10/2015 12:32

Bonjour,
Votre article pointe bien la langue de bois environnementale d'aujourd'hui. C'est le retour des indulgences !
Au delà des enjeux environnementaux, on peut aussi craindre que les assises économiques du projet soient également branlantes.
Un telesiege moderne aux Vans engendrerait également un remplacement de celui des Robert pour pouvoir faire transiter les skieurs de manière fluide. En sachant qu'il est de plus en plus difficile de garantir un enneigement durable même sur les zones travaillées, que le vent est une contrainte non négligeable sur les crêtes et oblige à fermer régulièrement les installations, la création de 1 ou 2 km de piste noire est-elle réellement indispensable ? D'autant plus que de dource municipale 1/3 des touristes venant à Chamrousse ne skient pas.
Il est temps d'imaginer l'avenir des stations de montagne en sortant de la vision des années 70.