Le Bruit du Vent

Tout savoir sur le massacre des bouquetins du Bargy (en 20 pages)

22 Octobre 2015 , Rédigé par Matthieu Stelvio Publié dans #Bouquetins du Bargy : l'essentiel, #Bouquetins du Bargy

Tout savoir sur le massacre des bouquetins du Bargy (en 20 pages)

Analyse basée sur plus de 70 documents

Rédigée par Matthieu Stelvio, version du 08/09/14 (que je remets en avant le 22 octobre 2015).

« L’Homme a aujourd'hui acquis un tel pouvoir sur le monde matériel que dans un avenir proche, il détruira les plus belles et les plus merveilleuses formes de vie animales et végétales, sauf celles qu'il aura conservées dans ses jardins et ses zoos. »

Charles Darwin, 1871

Représenté dans les grottes de Lascaux, le Bouquetin des Alpes, Capra ibex, est un mammifère ancestral qui fascine les hommes depuis des millénaires. Durant l’époque préhistorique, cet animal de la roche était présent quasiment partout en France. (G2, p°5) Après l’invention de l’arbalète, puis de l’arme à feu, le Bouquetin a complètement été éradiqué du territoire français, et a failli disparaître de la surface de la Terre.

En 1856, suite à la décision du Roi d’Italie Victor-Emmanuel II de protéger les derniers individus de la vallée d’Aoste, le Bouquetin des Alpes a échappé à l’extinction, et a pu être réintroduit dans quelques massifs. Aujourd’hui, on compterait, en France, une trentaine de populations pour environ 9 000 individus. L’arrêté ministériel du 17 avril 1981 interdit la chasse « en tout temps » de ce paisible et bel animal devenu emblématique des montagnes. (D1) À l’échelle européenne, les bouquetins sont protégés par la Convention de Berne. (D2)

Aujourd’hui encore, le sauvetage du Bouquetin repose bien souvent sur des pratiques « d’apprentis sorciers » qui pèsent parfois lourdement sur les efforts de réintroduction. (G2, p°5)(G6) L’Histoire démontre que face à l’Homme, les bouquetins sont très fragiles ; leur statut de protection est donc amplement justifié.

Malgré cette protection, en Haute-Savoie, dans le massif du Bargy, « territoire du reblochon », l’Etat a ordonné en 2013 l’éradication de tous les bouquetins âgés de cinq ans et plus. (P1) Pour masquer aux yeux de la société civile le massacre brutal de ces animaux protégés, un arrêté préfectoral a interdit l’accès de la zone durant plusieurs jours en usant de moyens quasi militaires. Cent-dix gendarmes, disposés sur les routes et chemins, ont ainsi bouclé le périmètre. De nombreuses carcasses ont été évacuées par hélicoptères, et les bouquetins suspendus dans le vide ont défilé au-dessus des têtes des habitants du secteur. (P2) Le 6 septembre 2014, alors que le compteur indiquait 325 tués sur environ 700 animaux, Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, a annoncé son intention d’étendre les tirs à tous les bouquetins du Bargy.

La brucellose au cœur de l’affaire

Cette décision d’abattage est consécutive à la découverte, en avril 2012, d’une souche de Brucella, bactérie responsable de la brucellose, dans le lait d’une vache. Pour comprendre l’origine de la maladie, des investigations ont été conduites dans la faune alentour, et ont permis de mettre en évidence la présence de Brucella dans des échantillons sanguins de bouquetins. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) émet l’hypothèse que les bouquetins aient pu jouer le rôle de réservoir et assurer un relais silencieux entre le foyer bovin de brucellose de 1999 et le foyer bovin de 2012. (A1, p°1)

« Chez les animaux, la maladie est généralement bénigne et l’animal infecté ne présente que peu de signes. Elle donne lieu cependant à des avortements ou à un échec de la reproduction. Généralement, les animaux guérissent et réussiront à donner naissance à une descendance vivante après un premier avortement. » (S10)

Dans les étables, la brucellose peut accidentellement se transmettre à des professionnels en contact étroit avec le bétail, lors d’un avortement en particulier. En dehors de ce cadre, l’humain peut s’infecter par le biais d’aliments au lait cru. En 2012, suite au partage lors d’un même repas d’un produit laitier non pasteurisé, deux personnes ont ainsi été atteintes de brucellose. Cette maladie à déclaration obligatoire, devenue très rare, peut être soignée chez l’homme. La brucellose peut s’exprimer de multiples manières : elle peut être asymptomatique ou peut se traduire par des épisodes de fièvre disparaissant progressivement ; elle peut aussi se compliquer et laisser des séquelles. « Non traitée, la brucellose [chez l’Homme] peut devenir chronique et être responsable d’une atteinte invalidante des articulations en particulier. » (S8) Dans environ 68% des cas symptomatiques, il n’y aurait pas de complication. Le cas échéant, c’est, en général, une articulation qui est touchée, et très rarement des organes vitaux. (S9, p°18) « Le traitement se fait par des antibiotiques et, dans la plupart des cas, les symptômes disparaissent après quelques semaines. » (S6) Lorsque la brucellose n’est pas traitée, son taux de létalité est inférieur à 5%. La transmission interhumaine est quasi inexistante. (S1) (S2) (S7)

En somme, si la brucellose est une maladie sérieuse qui peut se compliquer, elle est néanmoins rarement mortelle ; et dans la majorité des cas, les antibiotiques sont efficaces et préviennent les complications. En guise de comparaison, d’autres maladies peuvent être transmises à l’homme par des animaux (zoonoses), notamment la toxoplasmose congénitale (par le chat), des septicémies consécutives à des morsures (par le chien), la grippe aviaire (par les oiseaux), la maladie de Lyme transmise par des tiques portées par de nombreux animaux, le staphylocoque doré, etc. On notera, d’une part, que ces maladies ne sont pas à l’origine de campagnes d’abattages massifs, d’autre part, que si la rage a aujourd’hui disparu du territoire français, c’est grâce à la vaccination, et non pas suite à l’éradication des chiens et des renards.

Un risque de transmission « extrêmement faible »

Les experts de l’ANSES estiment que le risque de transmission de la maladie du bouquetin aux troupeaux domestiques est extrêmement faible. (A1, p°2 et 15) L’absence d’infection parmi tous les troupeaux de ruminants domestiques éventuellement exposés a été démontrée en automne 2012. Sur 12 118 animaux testés, aucun ne s’est révélé positif. (A1, p°2)

Pour les experts, les bouquetins se contamineraient essentiellement par voie sexuelle (A1, p°2) ; et le risque de transmission aux vaches et aux moutons est extrêmement faible, voire inférieur. (A1, p°2) Ainsi, entre 1999 et 2014, le seul cas observé de transmission à une vache semble « indirect » et « exceptionnel ». (A1, p°2, 5 et 13) Cette transmission est d’ailleurs survenue dans un troupeau, gardé en parc clôturé, qui est toujours resté à l’écart des zones de passage et d’habitat des bouquetins. (A1, p°13) Il faut insister sur le fait que les bouquetins, animaux de la roche, ne sont généralement pas en contact avec les bovins. (A1, p°14) Toutefois, même si par accident, une interaction se produisait à nouveau, la contamination d'une espèce à l'autre s’effectue vraisemblablement par le rarissime biais de l’ingestion d’aliments souillés par des produits d'avortement. Or, pour avorter, les bouquetins auraient tendance à s’isoler dans des zones rocheuses peu accessibles aux autres animaux. (A2, p°7 et 8) Pour l’ANSES, la survie de la bactérie dans l’environnement « est sans doute assez courte dans un milieu montagnard ouvert et en général très ensoleillé » (A2, p°8), milieu radicalement différent d’une étable.

L’ANSES estime que le risque de transmission de la maladie aux espèces sauvages est également extrêmement faible. (A1, p°8 et 15) Ainsi, lors du plan de chasse 2012-2013, des prélèvements sanguins ont été effectués sur 44 chevreuils, 30 cerfs et 55 chamois. Sur les 129 animaux, un seul était positif : un chamois. (A1, p°8) Si les chamois et les bouquetins peuvent occasionnellement fréquenter les mêmes lieux, la transmission bouquetin – chamois semble exceptionnelle ; et les experts estiment qu’un chamois contaminé est peu contaminant. « Pour le chamois, (…) les cas rapportés d’infection par Brucella melitensis sont rares (…) et cette espèce est décrite comme transmettant peu la maladie du fait de sa grande sensibilité : l’individu atteint présente rapidement une atteinte clinique grave [difficultés locomotrices, troubles neurologiques, lésions des organes reproducteurs, etc.], ce qui contribue sans doute à un faible niveau potentiel de transmission, tant au sein de l’espèce qu’aux autres espèces sensibles. » (A1, p°8) Cette donnée est confortée par le fait que la prévalence (c’est-à-dire le pourcentage d’animaux contaminés) avoisinerait les 2% chez les chamois ; et ce, après plus de 14 ans de contamination chez les bouquetins. (A1, p°8)

Les experts concluent que « le bouquetin est, à ce jour, la seule espèce sauvage présente sur le Massif du Bargy identifiée comme réservoir primaire de la maladie ». Le risque d’extension de la maladie aux autres espèces est minime. (A1, p°8)

Les humains se contaminent principalement par le biais de lait non pasteurisé. Pour qu’un humain soit contaminé, il faut donc d’abord que la barrière de transmission du bouquetin à un animal domestique soit franchie ; ce qui constitue une très faible probabilité. (A1, p°29) Sachant désormais que des bouquetins sont infectés, le risque de contact vache – bouquetin devient encore plus faible du fait de la mise en place de règles de vigilance relatives aux positionnements des troupeaux de vaches. (A2) Si jamais le réel défiait les statistiques et qu’une vache se contaminait, il y aurait 40 à 80% de chances qu’elle n’excrète pas la bactérie dans son lait, et qu’elle ne soit donc pas « contaminante ». (A3, p°3 et 9) Des contrôles sanitaires sont à présent effectués sur le lait ; ce qui réduit considérablement le risque de transmission vache – humain. (A2) De plus, la bactérie est inactivée par la pasteurisation (c’est-à-dire par une chauffe du lait à 70°C durant quelques secondes), et semble être détruite par le processus d’affinage du fromage, et ce quelle que soit sa durée. (C1) (A3, p°12) (Courrier de la Nature, n°280) (W2, p°3)

Considérant l’ensemble de ces éléments, l’ANSES a estimé que le risque représenté par les bouquetins pour la santé humaine est minime, et n’a pas confirmé l’urgence à agir. (A1, p°29 et 33) Toutefois, en contradiction avec l’avis des experts, l’Etat a estimé qu’il était urgent d’agir, et d’abattre à l’aveugle, dans la plus grande des précipitations, des centaines de bouquetins. (C1) (A1) (P1) (P2) (B1) Pour se défendre, l’Etat avance que les bouquetins du Bargy font courir un grand risque économique à la France : celui de perdre le statut « officiellement indemne de brucellose » (P1) ; statut qui permet au pays d'avoir moins de contraintes sur le plan du libre échange.

Toutefois, si la France est détentrice du « statut indemne de brucellose bovine », elle ne dispose pas du « statut indemne de brucellose chez les petits ruminants ». Les cas détectés chez les bouquetins n’ont donc aucune incidence sur le libre échange. De surcroît, le risque de transmission aux bovins est « extrêmement faible » (A1, p°2 et 15) ; le cas échéant, un pays ne perd pas son statut « indemne de brucellose » dès qu'un cas de brucellose bovin apparaît. Ainsi, grâce aux mesures de surveillance mises en place, la Belgique n’a pas perdu son statut « indemne de brucellose », alors que depuis mars 2012, six foyers bovins de brucellose (impliquant deux souches de bactéries) ont été découverts dans ce pays. (S3) Ensuite, comme l’illustrent les situations italienne, espagnole ou portugaise, la perte du statut « indemne de brucellose » d’une région ne remet pas en cause le statut des autres régions (S4) (S5) ; ce qui réduit le poids de l’argument économique de l’Etat.

Une comptabilité de chasseurs

Des fédérations de chasse sont opposées à la protection des bouquetins. Certaines ne s’en cachent pas. Suite aux abattages des bouquetins du Bargy, l’Association des Chasseurs à l’Arc de Franche-Comté a publié sur son blog : « les bouquetins mâles sont vendus selon la longueur des cornes. Le tarif varie de 2 430 € [à] 16 200€ […]. La moyenne des trophées de Bouquetins mâles adultes se situe autour de 85 cm et se facture 6 500 € (= 8 000 CHF). Estimons que l’Etat Français vient de s’asseoir sur plus de 650 000 €. […] il est anormal de passer à côté d’une telle activité économique. […] Alors valorisons la faune sauvage française en la chassant. Et exigeons que l’on ouvre la chasse du Bouquetin des Alpes en France. » (P4)

L’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), qui a géré le suivi, a en charge deux secteurs (la Chasse et la Faune) dont les intérêts divergent. Le rapport publié en 2012 par la Cour des Comptes interroge sur la partialité de l’ONCFS. On y apprend ainsi que « l’autorité ministérielle a parfois fait preuve d’un laxisme regrettable », et qu’une « majorité [d’influence de représentants des chasseurs] conduit parfois l’ONCFS à être la victime collatérale des conflits opposant les chasseurs et les […] associations de protection de la nature ». « L’insuffisante diversification des partenariats de l’établissement dans ses activités d’observation, d’études et de recherche nuisent à l’indépendance et à la reconnaissance de certains travaux de l’ONCFS concernant les espèces chassables ». (C2) Des associations reconnues d’utilité publique ont d’ailleurs ouvertement fait part de leurs inquiétudes sur ce sujet. (C3) (C4)

S’appuyant exclusivement sur les observations effectuées par l’ONCFS et par la fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie (A1, p°5 et 39), la copie du groupe d’experts ne serait-elle pas à reconsidérer ? Le doute n’est-il pas légitime ? Les bouquetins sont interdits de chasse, ne serait-il pas plus judicieux de confier leur observation à un office de la biodiversité indépendant du lobby de la chasse ? (C4)

De nombreuses alternatives

En novembre 2013, le Chef de Cabinet du Premier Ministre m’a affirmé qu’« après un examen approfondi de la situation sanitaire, cette mesure [l’abattage à l’aveugle de plusieurs centaines de bouquetins] est en effet apparue comme la seule permettant de réduire efficacement le risque ». Les seuls « examens approfondis de la situation sanitaire » ont été réalisés par l’ANSES et par le Conseil National de Protection de la Nature ; et l’affirmation du Chef de Cabinet du Premier Ministre peut être débattue. (A1) (A2) (C1) Ainsi, dans ses conclusions, l’ANSES écrit que l’« analyse [réalisée] ne permet pas de confirmer la nécessité de mettre en œuvre dans l’urgence les actions d’abattage envisagées, compte tenu en particulier de leur ampleur et de leur nature ». (A1, p°33) Il ne faut pas perdre de vue que le risque que l’Etat cherche à abaisser à tout prix est « extrêmement faible ». (A1, p°2 et 15)

Il y a déjà eu un précédent. Un foyer de brucellose a été identifié dans une population de bouquetins du Grand Paradis (Italie). Ce foyer s’est éteint de lui-même sans aucune intervention humaine. (A1, p°6) Certes, la prévalence de la maladie était plus faible qu’en Bargy, mais ne pas abattre de bouquetins n’empêche pas de mettre en place des mesures sanitaires.

> Des mesures sanitaires simples et concrètes

Les chiens pourraient s’infecter en léchant des produits d’avortement des bouquetins, et encadrer efficacement leur divagation aurait sans doute permis d’éviter le cas de transmission à une vache en 2012. (A1, p°13)

« Même lorsque les vaches prennent leurs quartiers d'été dans les alpages, elles ne s'approchent guère des majestueux caprinés. Et vice-versa. » (P13) Etant déjà quasi effective naturellement (A1, p°14), une simple séparation spatiale des troupeaux domestiques et des bouquetins permet de considérablement réduire le risque de propagation.

L’ANSES estime que la surveillance sanitaire mensuelle du lait de mélange « est tout à fait adaptée pour (…) maîtriser le risque pour la santé publique. » (A2, p°13) De plus, la chauffe du lait à 70°C durant quelques secondes élimine le risque de transmission de la vache à l’homme. (W2, p°3)

Le cahier des charges du reblochon n’autorise pas une telle chauffe. Cependant, une étude bibliographique de l’ANSES, évoquée par le CNPN, tend à montrer que l’affinage d’un fromage, quelle que soit sa durée, inactive la bactérie : « aucun fromage affiné, et ce, quelles que soient l’espèce animale d’origine et la durée d’affinage, n’est cité comme source probable de cas humain en France ». (A3, p°12) (C1) Face à un manque d’études sur le sujet, les partisans de l’abattage estiment que la durée de l’affinage du reblochon n’est pas suffisamment longue pour apporter une garantie assez élevée. Quoi qu’il en soit, faire passer à 60 jours la durée de l’affinage du reblochon n’est pas contraire au cadre de l’Appellation d’Origine Protégée Reblochon (D3), et permettrait d’inactiver, de façon certaine, la bactérie. Qu’est-ce qui est le plus préjudiciable : le fait d’affiner un fromage quelques semaines de plus (pour retrouver un délai plus conforme à la tradition) ou l’abattage massif d’animaux protégés ?

> Ne tuer que les animaux contaminés

Pour l’ANSES, l’abattage des seuls animaux contaminés « présenterait l’avantage d’écrêter la population de façon plus harmonieuse et moins brutale », et permettrait de ne pas altérer violemment la dynamique de reproduction et la stabilité organisationnelle des bouquetins. Un tel abattage « présenterait l’avantage de continuer le suivi sanitaire et populationnel […], ce qui permettrait un recueil d’informations amenant à une meilleure compréhension du foyer et permettrait d’être mieux armé en cas de nouvelle émergence. » En « abaiss[ant] suffisamment la prévalence de l’infection, il est possible que la brucellose ne puisse pas se maintenir dans la population. » (A1, p°25) En outre, le risque de fuite de bouquetins brucelliques vers les autres massifs eut été bien plus faible. Beaucoup plus pertinent que l’opération choisie, l’abattage exclusif des animaux contaminés aurait sauvé des centaines de bouquetins, et était envisagé dans le rapport des experts, mais « nécessit[ait] la mise en œuvre de moyens humains et financiers importants. » (A1, p°26) Des moyens financiers importants qui méritent toutefois d’être mis en balance avec l’impact des abattages massifs sur le tourisme, plus importante source de revenu du Bargy, qui était jusqu’alors favorisé par la présence du Bouquetin. (A1, p°15) De plus, étalé sur la durée, l’abattage des seuls animaux contaminés n’aurait pas mobilisé cent-dix gendarmes ; ce qui tend à rééquilibrer les coûts.

Les bouquetins étant protégés, la consultation du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) était décisive dans cette affaire. Le 11 septembre 2013, s’appuyant sur le rapport de l’ANSES et insistant sur l’extrême difficulté de « l’estimation de l’âge des femelles », le CNPN s’est prononcé, à 13 voix sur 21, pour l’abattage des seuls animaux séropositifs sur une durée de 3 ans (C1) et a souligné que l’éradication du foyer de brucellose « n’a nullement besoin d’être réalisée dans l’urgence. » (C1) Ainsi, la décision d’abattage des bouquetins de cinq ans et plus a été prise contre l’avis du CNPN, qui avait opté pour une solution nettement moins drastique que l’élimination, en moins d’un mois, de ce qui pouvait alors s’élever à 80% de la population des bouquetins du Bargy !

> L’immuno-contraception

La transmission se faisant principalement par voie sexuelle (A1, p°2), la castration (chimique ou immunologique) d’un mâle réduit vraisemblablement le potentiel de contamination de cet animal de façon aussi efficace que son abattage. Il est possible qu’une télé-anesthésie et une castration soient moins coûteuses qu’un abattage, une évacuation par hélicoptère et une incinération. En regard d’un abattage, une castration semble être une mesure plus acceptable. Au lieu d’être abattus les mâles contaminés n’auraient-ils pas pu être castrés ? Au lieu d’être abattues les femelles contaminées n’auraient-elles pas pu être rendues non réceptives ? Non évoquée par les experts, cette mesure est peut-être irréaliste, mais, compte tenu du contexte, cette question, à la fois éthique et technique, peut venir à l'esprit. Interrogé sur le sujet, un vétérinaire spécialiste des bouquetins n’a d’ailleurs pas écarté cette alternative, en précisant que dans les pays anglo-saxons, l’immuno-contraception d’animaux sauvages se pratique.

> La vaccination

Il existe un vaccin bovin, et la vaccination de toutes les vaches aurait éliminé le risque de transmission du bouquetin à la vache. (V1) En stimulant la production d’anticorps, le vaccin fausse les dosages sérologiques, et peut ainsi nuire au diagnostic de la brucellose. Pour ce motif (et non pas pour des raisons de dangerosité), le vaccin bovin est actuellement interdit en France. Ce choix est stratégique. Néanmoins, le vaccin ne fausse pas l’analyse bactériologique (qui est la seule à permettre un diagnostic certain). Au surplus, autrefois obligatoire, ce vaccin a joué un rôle décisif, en France, dans l’éradication de la brucellose bovine.

Les bouquetins sont des caprins, et un vaccin pour les caprins existe. (V1) Jean-Marie Gourreau, vétérinaire, vice-président de la commission faune du Conseil National de Protection de la Nature, a écrit : « il est tout à fait possible, dans l’état actuel de nos connaissances et moyennant une extension de l’AMM [= l’Autorisation de Mise sur le Marché], d’envisager en nature une vaccination intra-conjonctivale ou sous-cutanée à l’aide du vaccin vivant Rev1 chez les animaux séronégatifs de moins de 9 mois, ce à titre expérimental. Le seul risque que l’on encoure est un marquage sérologique des animaux de plus de six mois [qui fausserait les tests de dépistage] (mais à un moindre degré lorsque l’on utilise la voie conjonctivale). » (V2) Initier une telle étude scientifique aurait un coût, mais également une utilité indéniable dans la gestion de futures crises sanitaires.

L’Etat ayant imposé une action dans l’urgence, la vaccination n’a pas pu être étudiée par l’ANSES : « Les experts disposent de trop peu de temps pour évaluer l’intérêt de la vaccination dans le cas présent mais soulignent le fait que la vaccination pourrait représenter une alternative ». « La vaccination sera traitée de façon plus approfondie dans une autre saisine : les contraintes de temps n’ont pas permis aux experts de traiter cette question d’une façon satisfaisante. » (A1, p°28) Après 325 abattages, cette autre saisine est toujours attendue !

Quoi qu’il en soit, d’après l’Institut National de Recherche Agronomique, le vaccin « Rev.1, souche de B. melitensis (…), est, depuis des années, [le pilier] de la vaccination anti-brucellique (…) des ovins et des caprins. [Son] efficacité est unanimement reconnue dans le monde entier. » (V1)

« Le procédé de vaccination conjonctivale, mis au point par l'INRA, permet de pallier les inconvénients liés à l'utilisation classique des vaccins vivants anti-brucelliques. » Il « rend donc l'utilisation [du vaccin] Rev.1 compatible avec les mesures de prophylaxie sanitaire. » (V1) Ce qui interroge les vétérinaires est l’innocuité du vaccin sur les bouquetins, d’où la nécessité d’une phase de test, mais les « effets secondaires sont considérablement réduits lorsque les animaux adultes sont vaccinés par voie conjonctivale (à dose normale), avant le rut ou durant le dernier mois de gestation ». (V3, p°666) Par ailleurs, les chèvres et les bouquetins appartenant au même genre (Capra), il serait étonnant qu’un vaccin efficace sur des souris (V3, p°669) soit efficace sur des chèvres sans être efficace sur des bouquetins !

La société Vétoquinol commercialise le vaccin en question. (V1) Sur le plan économique, ce vaccin, encore utilisé il y a peu de temps en France (V4), ne menace pas le statut « officiellement indemne de brucellose bovine ».

Si les bouquetins étaient vaccinés, la maladie pourrait ne plus se propager « à l'intérieur de l'espèce » ; et le risque de transmission aux autres espèces étant extrêmement faible, l’infection pourrait ainsi être circonscrite. En conséquence, la vaccination remet en cause l'abattage des bouquetins séropositifs.

Des interlocuteurs triés sur le volet

Pour éviter toute contestation, l’Etat est prêt à exercer de lourdes pressions. Ainsi, le 15 juin 2014, Thierry Lejeune, président du Conservatoire des espaces naturels de la Haute-Savoie (Asters) donnait son point de vue sur l’affaire : « franchement, on n’a pas été très honnête ». « Normalement, toutes les bêtes abattues devaient être analysées. Cela n’a pas été fait. On a simplement envoyé les carcasses à l’équarrissage. On a voulu gérer un problème par l’éradication d’une espèce protégée, au nom du principe de précaution. C’est du jamais vu. Surtout que la situation n’était pas aussi urgente qu’on a voulu le faire croire. Asters défend une position scientifique et non idéologique. On est allé trop vite. On a voulu jouer aux apprentis sorciers et on n’a rien réglé. Aujourd’hui, les études ne sont pas rassurantes. Il faut ramener le débat sur un plan rationnel et agir sur la base d’études scientifiques solides. Nous ne sommes pas prêts à accepter une nouvelle tuerie, en sachant très bien qu’elle est en préparation… » (C7)

Suite à cette déclaration, le préfet de la Haute-Savoie « a exclu Asters des réunions de concertation sur l’affaire des bouquetins du massif du Bargy ». (Source : FRAPNA) Face à cette pression, le président d’Asters s’est senti obligé de demander au préfet « de bien vouloir accepter [ses] excuses les plus vives ».

Le Conservatoire que Thierry Lejeune préside est financièrement « grandement » dépendant du département de la Haute-Savoie. (C5) « Asters [est] un partenaire fiable et compétent des services de l’Etat depuis plus de 30 ans ». Pour sauver ce statut que le préfet ose bassement menacer, Thierry Lejeune est contraint de ne pas assumer ses propos (qui corroborent pourtant les analyses de scientifiques indépendants). (C6) En clair, le préfet use abusivement de son autorité pour exercer une pression nuisible à la liberté d’expression ; ce qui n’est malheureusement pas vraiment étonnant chez ce responsable connu depuis longtemps pour son manque de diplomatie. Eric Favereau, journaliste à Libération, évoquait déjà, il y a quelques années, une certaine agressivité du personnage ainsi que ses « relations méprisantes » ; et le disait « roublard, cachotier, ador[ant] les coups en douce et les coups de force. » (Z1)

Les événements de septembre 2013 ont de quoi interroger sur l’influence du préfet. Ainsi, pour mettre sur orbite le carnage et calmer certaines ardeurs, cinq jours avant le début des abattages massifs, dans un communiqué intitulé La sagesse l’emporte, deux associations subventionnées par la Haute-Savoie (Z7) ont laissé entendre, par un subtil jeu de rhétorique que l’éradication totale des bouquetins de cinq ans et plus était conforme à l’avis du Conseil National de Protection de la Nature ; ce qui est absolument faux. (P10) (C1) Dans ce moment crucial, ces deux associations, considérées comme des vigies locales et objectives pour beaucoup d’écologistes, avaient pu consulter des documents scientifiques qui n’étaient alors pas encore accessibles au public, notamment les avis du CNPN et de l’ANSES. (P12) Elles n’ont pas joué la transparence, et ont induit en erreur de nombreux citoyens, médias et ONG, en sous-entendant que ces abattages massifs étaient une solution raisonnable. Faisant preuve d’une grande gratitude envers l’Etat, elles sont allées jusqu’à marquer leur accord avec la décision du préfet, jusqu’à refuser de participer à une action en justice pour sauver les bouquetins sains, et même jusqu’à saluer la modération des autorités ! (P10) Abattre à l’aveugle 75% des bouquetins d’un massif, quelle modération ! Est-ce le rôle d’associations protectrices de la Nature de s’opposer à l’avis du Conseil National de Protection de la Nature ? (P10) (C1) Ces éléments semblent une nouvelle fois illustrer que seule l’indépendance financière d’une association puisse garantir la liberté de son expression. (Je n’oublie pas Sarenne : des mois d’indifférence « de peur de se mettre des partenaires à dos », puis un réveil soudain, mais trop tardif dès que RTL et Le Figaro pointèrent le bout de leur nez.) Entre subventions, partenariats, image médiatique et protection de la Nature, les priorités de certaines associations semblent parfois difficiles à cerner. Loin de moi l’idée de douter de la sincérité des militants, ce sont les décisions prises au sommet de la hiérarchie qui m’interrogent. Sans subvention, sans partenariat préfectoral, la FRAPNA et la LPO auraient-elles salué l’abattage à l’aveugle de 75% des bouquetins du Bargy ? Je ne le crois pas. Auraient-elles sous-entendu que ces abattages étaient conformes à l’avis du CNPN alors que ce n’était pas le cas ? Je ne le crois pas. Sans vouloir remettre en cause l’existence de tels organismes, n’y aurait-t-il pas là comme un défaut structurel à corriger ? Face à ces questions, plutôt que d’accepter le dialogue, des responsables de la FRAPNA n’ont pas manqué de me rabaisser, ce qui reste un détail profondément anecdotique en regard du massacre consenti ; anecdotique mais sans doute révélateur d’une certaine gêne. Bref, il a donc fallu attendre qu'une pétition récolte plus de 14 000 signatures, que plus de 220 bouquetins soient tués pour que la FRAPNA opère une volte-face ; ce qui a d’ailleurs déplu au préfet, qui ne s’est pas privé de virulemment réprimander l’association durant une heure pour avoir soutenu, en avril 2014, ma lettre ouverte à la ministre de l’Ecologie. (P16) (P23) La face émergée de l’iceberg nous en apprend déjà beaucoup.

En somme, le préfet ne semble accepter de « dialoguer » qu’avec des partenaires financièrement dépendants de l’Etat, qui ont parfois les mains liés ; et dès que ces partenaires ne le caressent pas dans le bon sens du poil, il les réprimande, les intimide ou bien les exclut des concertations.

Dans cette affaire, l’Etat ne se soucie pas des citoyens, même lorsqu’ils sont réunis par dizaines de milliers autour d’une pétition. (C21) Soutenue par quinze associations, notre lettre à la ministre de l’Ecologie a été ignorée. (C9) (P15) Face au massacre à l’aveugle de centaines d’animaux protégés et emblématiques des Alpes, aucune consultation citoyenne n’est organisée ; ce qui est une grave atteinte à l’article L. 120-1-1° du code de l’environnement. (C8) Et ce ne sont pas deux ou trois réunions avec deux représentants, aussi sincères soient-ils, d’une association financièrement rattachée au département qui feront illusion.

Des hommes d’influence

La rhétorique du préfet est trop souvent entachée de partialité, voire de malhonnêteté. Ainsi, pour répondre aux propos scientifiquement argumentés (qualifiés de « fantaisistes » par le préfet !) du président du Conservatoire des espaces naturels (C7), le dépositaire de l’autorité de l’Etat publia un communiqué de la République dans lequel il prétendait s’attacher à « rectifier les termes du débat public » face aux « assertions grossièrement mensongères, exagérées ou inutilement polémiques ». Ce sage détenteur de la vérité ne ferait-il pas mieux de revoir sa copie avant de corriger celle des autres ? Comment ne pas se poser cette question lorsque le préfet affirme à la presse que la brucellose est une maladie mortelle ? (C15) Si la brucellose est une maladie sérieuse qui, dans 30% des cas, se complique, notamment d’arthrite chronique (C14) ; elle n’est toutefois pas mortelle chez plus de 95% des personnes non traitées (elle peut même être asymptomatique). (C13) Un médecin dira-t-il à un patient atteint de brucellose : « vous êtes atteint d’une maladie mortelle » ? Non, car le médecin sait qu’il a plus de 95% de chances de sauver son patient. Mais le préfet qui cherche à vendre son massacre ; et pour cela à faire peur, à créer la panique (lui qui est pourtant chargé de maintenir l’ordre) tient un discours catastrophiste, et ne respecte pas son devoir de neutralité politique absolue. (C11) (C12) Bref, si une personne prononce des « assertions grossièrement mensongères, exagérées ou inutilement polémiques », il semblerait que ce soit le préfet plutôt que le président du Conservatoire des espaces naturels de la Haute-Savoie.

Avant d’occuper sa fonction, l’actuel préfet de la Haute-Savoie, qui a formulé deux demandes d’extermination des bouquetins du Bargy, a été chargé de gérer un autre dossier sanitaire controversé : celui de la grippe A. C’est cet énarque qui a « confirm[é] l’intention du Gouvernement français de procéder à la commande de 50 millions de doses […] de vaccins » contre le virus de la grippe A. (Z2) Il s’est avéré, par la suite, que des millions de doses furent perdues ; ce qui coûta cher aux contribuables. L’Etat reconnaît lui-même que cette situation sanitaire fut mal gérée. (Z3) Pour beaucoup d’observateurs, la communication du gouvernement fut alarmiste et inadéquate ; la peur l’emporta sur la raison. Durant l’épidémie, de nombreux analystes pressentaient l’ampleur de la psychose autour d’une maladie moins dangereuse qu’une grippe saisonnière. En septembre 2009, on pouvait ainsi lire dans les colonnes du Monde Diplomatique : « Pendant que les nations industrialisées multiplient les mesures préventives susceptibles de limiter l’impact économique et sanitaire d’un virus certes très contagieux mais — pour le moment — peu létal, des voix s’élèvent pour dénoncer un emballement politico-médiatique. Il est impossible de traiter du risque comme d’une réalité objective. Les grandes peurs — de la technologie, de l’étranger, du terroriste, de la maladie... — se multiplient, parfois attisées par qui y trouve son compte. […] Au fond, la panique suscitée par la grippe tend un miroir aux sociétés. S’y reflètent les intérêts, les fantasmes et l’ombre d’une régression obscurantiste qui prête aux scientifiques de noirs desseins. » (Z4)

Le parallèle n’est pas anodin puisque l’actuel préfet de la Haute-Savoie est, une nouvelle fois, à la tête d’une psychose sanitaire qui conduit l’Etat à agir de façon irrationnelle et déconnectée du monde scientifique. Malheureusement, ce responsable, nommé et non élu, semble aujourd’hui avoir plus d’influence sur la société que les préconisations éclairées des groupes d’experts. Pour l’anecdote, tout comme Philippe Martin, ancien ministre de l’Ecologie (qui a cautionné la première vague d’abattage), le préfet de la Haute-Savoie pratiquerait la chasse. (Z5) (Z6)

*

Dans un communiqué, le 13 septembre 2013, le syndicat agricole FDSEA a estimé que « la mesure d’éradication totale en urgence [des bouquetins] sur le Massif du Bargy [était] la seule voie possible ». Par la même occasion, la FDSEA a comparé les membres du Conseil National de Protection de la Nature à des « apparatchiks parisiens » et à des « écologistes de salon ». (F1) La pression des fédérations agricoles est forte.

Un jour après la publication du communiqué, Bernard Accoyer, député de la Haute-Savoie, a envoyé au Premier Ministre une lettre partiale défendant l’éradication totale en urgence. Le député est allé jusqu’à écrire au Chef du Gouvernement : « J’ajoute que les bouquetins, pratiquement tous malades, souffrent physiquement ce qui ne doit pas laisser indifférent ». (L1) À cette échelle de la politique, écrire de telles contre-vérités est inquiétant. Premièrement, les bouquetins ne sont pas « pratiquement tous malades » ; d’après l’ONCFS, 35% des bouquetins étaient sérologiquement positifs avant les abattages de 2013 (A1, p°36) ; et un bouquetin sérologiquement positif n’est pas systématiquement malade. Deuxièmement, la brucellose est souvent peu symptomatique chez les animaux ; « la maladie se manifeste [surtout] par des avortements » ; et on observe chez certaines espèces une reprise de la fertilité après un premier avortement. (O1, p°1 et 3) (A1, p°7) (S10) Troisièmement, avant 2013, personne n’avait signalé d’anomalies cliniques chez les bouquetins qui vivaient sous les yeux de milliers d’observateurs chaque année ; ce qui prouve que les signes cliniques sont généralement discrets. En somme, prétendre que les bouquetins sont pratiquement tous malades et souffrants est absolument faux. Chercher à influencer le Premier Ministre et les journaux avec de tels arguments semble peu loyal de la part d’un député. (L1)

Sous la plume de cet ancien président de l’Assemblée Nationale, les incertitudes du dossier se convertissent en « certitudes » ; et le risque, qui est « extrêmement faible » selon les experts (A1) (A2), se transforme en « risques majeurs ». (L1) Malgré le sérieux des études scientifiques (A1) (A2) (A3), le député a remis en cause les avis de l’ANSES et du CNPN. (L1) En marquant sa stupéfaction face à ces avis scientifiques (L1), le député de la Haute-Savoie n’a-t-il pas agité le drapeau de la peur au détriment de celui de la raison ?

Mutisme, mensonge et malhonnêteté

La transparence autour des abattages est quasi inexistante. Lors des abattages, tous les débordements ont pu avoir lieu. La liste des âges et des sexes des bouquetins tués n’aurait d’ailleurs même pas été établie ! Or cela était essentiel, d’une part, pour rendre des comptes à la société sur la conformité de l’exécution de la décision ; d’autre part, pour connaître la prévalence réelle de la maladie par tranche d’âge.

Pour le vice-président de la commission faune du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN), « ordre a été donné de la préfecture de ne pas effectuer de prélèvements à but scientifique sur les cadavres, obérant ainsi lourdement les études en cours, notamment à l’ANSES. » (V5, p°10) Les bouquetins abattus n’ont donc fait l’objet d’aucune prise de sang et d’aucun prélèvement. Simples à réaliser, ces contrôles étaient cruciaux, car ils auraient permis aux scientifiques de mieux comprendre la dynamique de l’infection et de faire face à d’éventuels nouveaux foyers. (A1, p°5, 22, 25 et 32) La brucellose « est très mal connue chez le Bouquetin : aussi était-il indispensable d'approfondir nos connaissances pour tenter d'enrayer son extension, voire de l'éradiquer. » (V5, p°1) Pourquoi une telle opacité ? Des centaines de bouquetins non contaminés ont sans doute été abattus ; a-t-on voulu éviter que quiconque puisse rouvrir ce dossier en menant une enquête scientifique indépendante ? A-t-on voulu mettre en position les partisans de l’abattage total d’avoir les coudées franches pour revenir à la charge sans aucune contradiction scientifique gênante ?

Durant les jours qui précédèrent la première vague d’abattage massif, des journalistes ont volontairement été induits en erreur. Ainsi, le rapport de l’ANSES du 4 septembre 2013 n’a été diffusé qu’à la fin du mois de septembre. (P8) Se heurtant à l’opacité du dossier, on pouvait lire, le 17 septembre, dans le sérieux Journal de l’Environnement : « L’Anses préconise notamment d’abattre les animaux de plus de 5 ans (de la classe d’âge de ceux contaminés) ». (P7) En octobre, j’ai pris contact avec la journaliste et l’ai invitée à lire le rapport de l’ANSES : elle a reconnu avoir été induite en erreur, et a corrigé son article. Le 13 septembre, France 3 titrait « Pas d’abattage massif », et expliquait que « les bouquetins du massif du Bargy vont pouvoir souffler ». (P8) Quelques jours après, 197 bouquetins étaient abattus. Le manque de transparence n’est-il pas flagrant ?

Pour expédier le massacre de centaines d’animaux protégés par la loi française, le préfet n’hésita pas à prendre de vitesse les citoyens et la justice. En effet, ce n’est que le 26 septembre 2013 que les médias firent allusion, pour la première fois, à un abattage massif éclair de bouquetins qui devait se dérouler selon les mots du préfet : « vers la fin du mois d’octobre, et un petit peu avant si nous pouvons ». (P8) (P9) (P11) Cinq jours après cette déclaration mensongère, quasi un mois plus tôt que prévu, commença un bain de sang dont seul le préfet soupçonnait l’ampleur. Le 1er octobre au matin, sans que personne ne s’y attende, l’arrêté fut publié, et le massif du Bargy bouclé par des gendarmes ; ce jour-là, 101 bouquetins furent abattus. Le lendemain, 96 bouquetins supplémentaires périrent. Si le préfet avait été honnête, il aurait respecté le calendrier prévu, aurait signé son arrêté fin octobre, puis aurait attendu quelques jours avant de commencer à l’exécuter ; ce qui aurait permis aux citoyens d’avoir le temps de saisir la justice avant qu’un massacre aux conséquences irréversibles ne soit commis. A l’inverse, le préfet s’est empressé de tuer un maximum de bouquetins en un minimum de temps afin d’être sûr de réussir à abattre ces animaux avant que la justice ne se prononce.

Malgré ce court-circuitage fatal à des centaines de bouquetins, la justice fut saisie aussi vite que possible. En novembre, un juge des référés se prononça sur l’urgence – et uniquement sur l’urgence – à suspendre l’exécution de l’arrêté. (Ce juge des référés ne se prononça nullement sur le fond légal de l’arrêté qui sera évalué par un autre juge dans plusieurs mois.) Pour se prononcer sur cette urgence, le juge des référés s'appuya sur une donnée cruciale et inexacte, fabriquée par l’Etat. Ainsi, face à la justice, le préfet soutint que le nombre de bouquetins restant à abattre, à la date de l’audience, était dérisoire en regard du nombre de bouquetins déjà abattus depuis octobre. Pour sa défense, le représentant haut-savoyard du gouvernement écrivit : « On estime à une vingtaine seulement les individus restant à abattre. […] [La] mesure [étant] exécutée à 80% […], [votre] tribunal considérera que la notion d’urgence ne pourra donc être retenue. »

Je suis persuadé que face au tribunal, le préfet savait que ces estimations étaient déconnectées de la réalité (ce qui est désormais plus qu’avéré). Ainsi, au moment de l’audience, pour évaluer le nombre de bouquetins restant à abattre, il était impératif de se baser sur les observations de l’ONCFS qui nous apprenaient que, selon la méthode d’estimation la plus fiable (basée sur « la proportion d’animaux marqués vus parmi tous les animaux observés »), la taille initiale de la population du Bargy était d’environ 500 bouquetins ; et que les bouquetins visés par les abattages représentaient approximativement 75% de la population du Bargy, soit un effectif initial d’environ 375 bouquetins. Lors de l’audience, l’Etat déclara avoir déjà abattu 226 bouquetins. L’estimation la plus pertinente du nombre de bouquetins restant à abattre était donc de 149 animaux (375 – 226). Le préfet avança le chiffre de 20 animaux ; soit 7,5 fois moins. Cette sous-estimation excessive visait à faire croire au juge qu’ayant été accompli en quasi-totalité, le mal n’était plus à faire, et qu’aucune urgence ne justifiait donc de suspendre l’arrêté. Au final, ces estimations dénuées de pertinence ont bel et bien influencé le juge qui, pour se prononcer, prit en compte le fait que « l’essentiel des animaux devant être abattus l’ont déjà été à la date de [sa] décision ».

Je suis donc convaincu que le préfet de la Haute-Savoie a fait preuve de malhonnêteté face au tribunal, et que cette première décision de justice doit être reconsidérée (le délai du recours était de 15 jours !) Au-delà de ce premier jugement en urgence, la justice se prononcera sur le fond légal de l’affaire, mais lorsque la prochaine décision sera rendue (en 2015 ?), des centaines de bouquetins supplémentaires auront été abattus. Et ce probablement à tort. En effet, dès septembre 2013, le CNPN, instance que la loi considère comme étant la mieux qualifiée pour se prononcer sur un tel sujet (C10), s’opposa aux abattages expéditifs à l’aveugle, et recommanda des abattages moins précipités, exclusivement ciblés sur les animaux contaminés, et donc beaucoup moins nombreux. Cet avis du CNPN invalide donc la légalité de l’arrêté du préfet puisque l’article L. 411-2-4° du code de l’environnement stipule que les dérogations aux interdictions encadrant le statut de protection du Bouquetin des Alpes ne peuvent être délivrées que s’ « il n’existe pas d'autre solution satisfaisante ».

À une très discrète exception près, les médias n’ont pas signalé que la décision prise par le préfet de la Haute-Savoie n’était pas conforme à l’avis du Conseil National de Protection de la Nature. L’omission par les médias d’une telle irrégularité envers la loi révèle l’ampleur de l’opacité autour de cette affaire. D’ailleurs, le 5 septembre 2014, Stéphane Foucart expliquait dans les colonnes dans son journal : « l'affaire est un peu embarrassante. Assez en tout cas pour que le préfet de Haute-Savoie préfère ne pas répondre au Monde, renvoyant vers le ministère de l'écologie, qui observe lui aussi un silence de grande qualité sur le sujet. » Transparence nulle ! Après enquête, le journaliste concluait : « il est plus raisonnable de se fier à la prudence scientifique qu'au bon sens préfectoral. » (C16)

Un massacre aux conséquences catastrophiques

> La mise en péril d’un écosystème

Les bouquetins ne se déplacent pas (ou très peu) vers les autres massifs. (A1, p°9) Les bouquetins des massifs voisins ne sont d’ailleurs pas atteints de brucellose. (A1, p°9) Dans leur rapport de 2013, les experts estiment qu’un abattage drastique peut engendrer une fuite de bouquetins infectés et l’extension du foyer vers d’autres massifs. « Il n’est pas possible de prévoir la réaction d’une population de bouquetins soumise à une telle pression de chasse. […] Il faut envisager l’hypothèse qu’ils cherchent à fuir vers d’autres massifs […] par des voies non identifiées. » (A1, p°19) En somme, au lieu d’enrayer l’infection, les abattages massifs ont peut-être étendu la maladie vers d’autres massifs.

L’éradication des bouquetins impacte le reste de la faune sauvage. Ainsi, en laissant certains cadavres en pleine nature, l’Etat fait courir le risque que d’autres espèces se contaminent par le biais de l’ingestion de la viande des bouquetins abattus. Par ailleurs, « le Gypaète barbu est un oiseau nécrophage protégé dont le statut en France est très fragile. […] Mettre à disposition de cet oiseau des cadavres de bouquetins contenant des fragments de plomb serait très risqué pour la conservation de cette espèce » (A1, p°21) puisque ce vautour, comme d’autres rapaces, est très sensible au saturnisme. L’utilisation de balles sans plomb (en bismuth notamment) est également problématique puisqu’elle augmente le risque de faire souffrir les animaux abattus. (A1, p°21) D’après les responsables de l’ONCFS, le bismuth et donc la souffrance des animaux semblent avoir été privilégiés. Il est toutefois impossible de contrôler la composition des balles utilisées, car l’Etat refuse toute transparence.

D’une envergure exceptionnelle (plus de 2 mètres 80), le gypaète est un oiseau rare, il prospère principalement dans les zones peuplées par les bouquetins, car les cadavres des bouquetins restent en zone dégagée, au-dessus des forêts (contrairement aux cadavres des chamois, chevreuils ou sangliers). (G1, p°6) La disparition d’un grand nombre de bouquetins risque de condamner le célèbre couple du Bargy, Assignat et Balthazar, dont la fertilité (13 poussins) a fortement participé à « repeupler les Alpes ». (G3) Les sorts des bouquetins et des gypaètes sont liés. L’Etat minimise en affirmant qu’il n’y a qu’un couple de gypaètes dans le massif du Bargy… sauf qu’on « ne dénombre[rait] qu'une vingtaine de couples de gypaètes sur l'ensemble des Alpes » françaises. Suite à la réintroduction de 1987, le couple du Bargy est le premier à s’être formé et à s’être installé ; c’est également l’un des plus fertiles ! (G3) (G4)

Les bouquetins du Bargy sont au cœur d’un vaste écosystème. L’impact environnemental de cet abattage massif est sous-estimé, et aurait mérité, au préalable, un approfondissement scientifique. De surcroît, un arrêté ministériel remet en cause la légalité de nombreux tirs en interdisant la perturbation intentionnelle du gypaète sur son aire de nourrissage du 1er novembre au 31 août. (D4)

> Les scientifiques vaincus par les « apprentis sorciers »

Dans la faune sauvage, les abattages massifs visant à éradiquer une maladie n’ont quasiment jamais été couronnés de succès. Ainsi, en 1977, dans le massif des Bauges, de nombreux chamois ont été tués pour des motifs sanitaires ; il s’est avéré, par la suite, que ces abattages étaient absolument inutiles. (La Grande Faune de Montagne, Catusse, p°163)

L’abattage éclair des bouquetins de cinq ans et plus (soit environ 70 à 80% de la population) nuit à l’étude de la dynamique de la maladie. En septembre 2013, l’ANSES rédigeait l’analyse suivante : « l’abattage ciblé des individus âgés ne permettrait pas […] de récupérer des données sur l’évolution de la situation sanitaire et populationnelle des bouquetins. » Or, « il est […] essentiel de collecter le maximum d’informations sur ce foyer afin que l’expérience ainsi acquise puisse servir à une maîtrise appropriée d’éventuels nouveaux foyers. » (A1, p°18 et 24)

Suscitant l’incompréhension et la stupeur du monde scientifique, les bouquetins tués en 2013 n’ont délibérément fait l’objet d’aucun prélèvement (V5, p°10) (Courrier de la Nature, n°280) ; ce qui a ruiné les efforts scientifiques de compréhension de la situation sanitaire ; et ce, alors que d’autres foyers sauvages de brucellose apparaissent en France. En somme, si la situation se répète, les mêmes gestionnaires réitéreront les mêmes erreurs.

> Des chiffres très contestables (issus de l’ONCFS)

Lorsque les premières vagues d’abattage ont été ordonnés, la prévalence de la maladie en fonction des âges et des sexes était très mal connue. L’ANSES insistait à de nombreuses reprises sur ces incertitudes. (A1, p°10, 11, 14, 22, 24, 26, 30, 31, 32) Pour évaluer la prévalence de la maladie chez les bouquetins de moins de cinq ans, l’Etat s’est ainsi appuyé sur un échantillon de seulement quinze animaux (sur des centaines !) Considérant la petitesse des échantillons, les statistiques étaient plus que faillibles. Pour chaque catégorie, les fourchettes étaient très larges ; et un animal contaminé de plus ou de moins aurait fait basculer les chiffres. Or, c’est précisément en s’appuyant sur la fragile interprétation de ces chiffres que l’Etat a ordonné le contestable abattage des bouquetins de cinq ans et plus. (A1, p°37) De plus, les statistiques comportent vraisemblablement des biais importants. Ainsi, il n’est pas précisé dans le rapport du groupe d’experts si les 76 bouquetins testés sérologiquement (c’est-à-dire par prise de sang) étaient représentatifs de la population globale du massif ou s’ils ont été choisis, au moins partiellement, parce qu’ils présentaient des signes cliniques évocateurs. (A1, p°36)

> De nombreux animaux sains massacrés

Le type d’abattage choisi élimine des individus sains : la majorité des bouquetins du Bargy n’est pas atteinte de brucellose (65% selon l’ONCFS, 2013). Il n’est pas exclu que 89% des mâles tués sur la période 2013-2014 n’étaient pas contaminés. (A1, p°37) Quitte à persévérer dans la voie de l’abattage, il aurait été plus pertinent de n’éliminer que des bouquetins séropositifs, comme le Conseil National de Protection de la Nature le préconisait en septembre 2013.

Un jeu de rhétorique a injustement condamné des dizaines de bouquetins. Alors que l’ONCFS et l’ANSES traitent, dans leur étude statistique, de la tranche d’âge des animaux de plus de cinq ans (explicitement : six ans et plus) (A1, p°37), ce sont les animaux de cinq ans (inclus) et plus qui ont été abattus (P1) ; et ce, alors que la prévalence de la maladie chez les animaux de cinq ans était relativement basse. La lecture des chiffres de l’ONCFS nous apprend ainsi que les bouquetins de cinq ans étaient 2,8 fois moins contaminés que les individus de six ans. (A1, p°37)

Des abattages à l’aveugle qui ont propagé la maladie

La décision d’abattre les bouquetins de cinq ans et plus a été contreproductive et a accéléré la propagation de la maladie : entre 2013 et juin 2014, la proportion de jeunes bouquetins contaminés aurait triplé (selon l’ONCFS). Compte tenu du contexte (pour rappel : l’Etat invente des chiffres face aux tribunaux) et du fait que la maladie est présente en Bargy depuis 1999, il est plus que raisonnable de douter de l’exactitude de ces chiffres rocambolesques (qui semblent condamner tous les bouquetins du Bargy), mais la tendance semble bien réelle. L’explication de cette hausse est simple. En pratique, l'âge des mâles est beaucoup plus facile à déterminer que celui des femelles, si bien que depuis octobre 2013, l'abattage des mâles est privilégié (ce alors que les femelles sont beaucoup plus touchées que les mâles). Après l’extermination massive des mâles reproducteurs (dont 89% étaient potentiellement indemnes de brucellose), les jeunes mâles ont eu prématurément accès à la reproduction, et se sont contaminés en s’accouplant avec les femelles séropositives (laissées en vie du fait de la difficulté à déterminer leur âge). Sans l'arrêté d'octobre 2013, il n'y aurait pas eu de boum de brucellose chez les jeunes, car les animaux contaminés auraient continué à se reproduire entre eux sans contaminer les animaux non reproducteurs ; l'infection aurait donc été contenue. La décision prise par l'Etat n'aurait donc fait qu'étendre la maladie aux classes d'âge qui étaient jusqu'alors épargnées. Les apprentis sorciers ont frappé…

De nouvelles avancées ignorées par l’Etat

Depuis l’été 2014, un test permettant une détection rapide sur le terrain est au point. Sa fiabilité est totale selon l’ONCFS. (P18) Avant l’invention de ce test, pour savoir si un bouquetin était contaminé par la brucellose, il fallait l’anesthésier, le marquer, lui prélever un échantillon de sang, analyser l’échantillon en laboratoire, puis, le cas échéant, retrouver l’animal marqué pour l’abattre ou le traiter. Le nouveau test de terrain simplifie énormément la démarche de dépistage. En effet, à présent, pour savoir si un bouquetin (animal facile à approcher) est contaminé, il suffit de l’anesthésier et de le tester sur place, sans avoir à le marquer et à le retrouver, ce qui permet donc d’agir en une seule d’intervention.

Evoquée dès septembre 2013 par le CNPN, la mise au point de ce test n’a rien d’une surprise. (C1) La brucellose étant présente en Bargy depuis quinze ans, il est regrettable d’avoir ordonné, contre l’avis du CNPN, l’abattage de centaines de bouquetins à l’aveugle sans avoir attendu les quelques mois nécessaires à la création de ce test… qui change tout !

Ignorant cette grande avancée technologique, le préfet de la Haute-Savoie, connu pour son entêtement et sa paranoïa (Z1) (P17), a demandé au ministère de l’Ecologie l’abattage de tous les bouquetins du Bargy, sans qu’ils ne soient testés. Cette demande est plus que jamais irrationnelle. Mais le préfet semble avoir les mains libres : ainsi, le 6 juillet (… 2014 !), la ministre de l’Ecologie m’avouait, malgré elle, n’avoir jamais entendu parler des bouquetins du Bargy. (P15) C’est pourtant bien un arrêté de son ministère qui les protège ; c’est pourtant bien elle qui a accusé réception, cent jours plus tôt, d’une lettre signée par quinze associations ! (C9)

Le sublime leur suffisait, l’Etat les a tués

L’abattage massif à l’aveugle de bouquetins est une mesure totalement disproportionnée. Rationnellement, il y a, à peu près, autant de raisons d’abattre les bouquetins du Bargy (pour lutter contre la brucellose) que d’abattre les chats (pour lutter contre la toxoplasmose congénitale), les chiens (pour lutter contre les septicémies), les oiseaux sauvages (pour lutter contre la grippe aviaire) ou que de déverser des tonnes de molluscicides dans les étangs (pour lutter contre la puce du canard). (B2)

Les rapports de l’ANSES, agence d’experts pluralistes et indépendants, indiquent que la probabilité de transmission de la brucellose du bouquetin aux autres espèces est extrêmement faible. (A1) L’infection est circonscrite aux bouquetins. (A1) Le risque économico-sanitaire est minime et maîtrisable. (A1) (C1)

Dans sa conclusion, l’ANSES « insiste sur l’importance d’un temps scientifique avant la mise en œuvre de mesures de gestion » et regrette « que cette saisine [lui] ait été confiée assortie d’un délai très court conjugué à un contexte d’incertitudes épidémiologiques ». (A1, p°32) L’ANSES conclut que son « analyse ne permet pas de confirmer la nécessité de mettre en œuvre dans l’urgence les actions d’abattage envisagées, compte tenu en particulier de leur ampleur et de leur nature. » (A1, p°33) Le « paysage de connaissances [étant encore] très incomplet » (A1, p°33), il n’y avait pas d’urgence à agir dès 2013, il fallait recueillir de nouvelles données et formuler de nouvelles réflexions avant de prendre une décision. (A1) (C1) Contre l’avis du Conseil National de Protection de la Nature, l’Etat a déjà abattu plus de 320 bouquetins dont un grand nombre d’animaux non contaminés ; et ce, alors que cette espèce emblématique des Alpes est protégée et interdite de chasse.

Il y avait des alternatives à l’abattage massif à l’aveugle. Occultant la question de l’éthique et de la rigueur scientifique, l’Etat choisit la solution la plus expéditive ; et ce, sans se soucier d’organiser une consultation publique. En agissant de la sorte, il semble que les articles L. 411-2-4° et L. 120-1-1° du code de l’environnement ne soient pas respectés. Par ailleurs, en empêchant délibérément les scientifiques de porter un regard sur les abattages ordonnés (ce afin d’éviter toute remise en cause), les promoteurs de ces opérations sont responsables d’un immense gâchis réduisant à néant un travail de retour d’expérience qui aurait pu, par la suite, permettre de gérer d’autres foyers de brucellose.

Alors qu’un vaccin existe sans avoir été testé, le pire est sans doute à venir. Ainsi, le 6 septembre 2014, la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, a annulé l’unique rencontre prévue avec les associations, et a expliqué à une journaliste de France Bleu que son ministère ordonnerait l’éradication totale des bouquetins du Bargy ! Cette décision d’une ministre, qui semble mal connaître le sujet (P15), a été prise à la suite d’une discussion avec le député Bernard Accoyer (L1), avant même que l’ANSES et le CNPN ne rendent un avis sur la question ! Mettant définitivement à l’écart les scientifiques, l’ANSES n’a d’ailleurs toujours pas été saisie sur la perspective de nouveaux abattages ! Un tel massacre provoquerait la fuite de bouquetins (animaux sédentaires) vers d’autres massifs (A1, p°19), et donc la propagation de la maladie aux Aravis. Sans une telle pression de chasse, ce risque de propagation est très faible puisque la brucellose est cantonnée au Bargy depuis 1999. Malheureusement, la seule préoccupation de la ministre semble rhétorique : Mme Royal préfère parler d’ « assainissement » plutôt que d’ « abattage total ». (C20)

Certains décideurs sont guidés par la démesure de la peur plutôt que par la mesure de la raison. Pour eux, si anéantir des vies abaisse un risque, aussi minime soit-il ; décision doit être prise d’agir en conséquence. Loin de l’air de notre époque, un jour peut-être, autrui sera considéré comme une fin en soi, et non plus comme une variable d’ajustement. Loin de l’air de notre époque, un jour peut-être, les gouvernants hériteront des valeurs de leurs gouvernés. Pendant ce temps, en territoire stérile, progressivement, la vie s’éteint ; et nos cœurs avec elle.

La pétition :

https://secure.avaaz.org/fr/petition/Petition_Stop_a_labattage_des_bouquetins_du_Bargy

Rédigé par Matthieu Stelvio, 8 septembre 2014. Modifié le 12/09/14.

Version « publiée dans l’urgence » qui sera sans doute modifiée.

Merci aux relecteurs de la version de décembre 2013, notamment Isabelle, Jean-Pierre, Sophie, Sylvain, Tony, JMG et DG.

Merci à toutes les personnes qui défendent les bouquetins !

Contact : http://lebruitduvent.overblog.com/contact

Tout savoir sur le massacre des bouquetins du Bargy (en 20 pages)

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Thierry 12/01/2016 08:33

Et l'ego de ceux qui prennent ces décisions, on y pense ? Faut bien qu'ils vivent ces gens tout de même. Vous êtes tous des mauvais citoyens égoïstes. La Fontaine avait bien raison.

darphin 02/11/2015 18:24

Bonjour,
Je me suis limité à la lecture d'un seul document, le tableau récapitulatif n°6 page 95 de l'avis de l'Anses du 22 juillet 2015, on le trouve facilement sur internet) : le préfet dit prendre ses arrêtés sur la base de cette étude mais en réalité les conclusions de l'Anses sont à l'opposé !
La question que je ne vois pas abordée dans les discussions : pourquoi cette décision ? Qui a intérêt à cela ?
Une proposition de slogan : "pour une montagne sans animaux"
Bien cordialement

estrangin elisabeth 16/10/2015 13:39

Bonjour
J'appartiens au comité scientifique de la Fondation Droit Animal Éthique et Sciences.
Un article pourrait trouver sa place dans notre prochaine revue.
Je suis médecin biologiste en bactériologie/virologie/hygiène retraitée depuis le 1er juin.
Pourriez vous me contacter je vous prie sur mon adresse mail ou mon tel : 06 20 91 11 61.
Une autre histoire qui nous préoccupe est l'extermination en cours des blaireaux.
Bien cordialement.

Stéphane 25/11/2014 02:33

Merci pour tout le travail réalisé. En simple lecteur, j'en ai appris beaucoup sur ce dossier qui est effectivement resté très opaque pour les habitants des environs.

Le manque de réflexion, de méthode et d'imagination semble avoir contaminé nos politiques... Existe-t-il un vaccin pour les futurs générations d'élus ? Car comme vous je suis contre l’abatage massif des plus de 50 ans, bien que cela réglerait théoriquement le problème. Pour ceux qui ne l'aurait pas compris, évidemment je plaisante, mais ce parallèle est très édifiant sur la considération actuelle des souffrances animales. Et cela sans parler des risques collatéraux que ces massacres pourraient occasionner.

Mais, comme Jacques, je n'arrive toujours pas à comprendre à qui peut profiter un tel massacre... Je doute franchement que les chasseurs y trouvent un intérêt. Et j'imagine que les agriculteurs ne doivent pas être contre la vaccination (et si besoin un petit abatage très sélectif). Comment expliquer, l'engouement du préfet pour cette solution démesurée ? A part la fainéantise intellectuelle et/ou la peur, je ne vois pas...

Merci encore

Pascale 20/10/2014 22:06

Bonjour,
je vous remercie pour ce long article très documenté, mais je relève quelques incohérences, erreurs ou oubli dans votre article:
1)le vaccin envisagé est un vaccin VIVANT qui ne peut s'utiliser dans le milieu naturel sans risques, contrairement à celui qui a été utilisé pour la rage du renard
2)aucune information sur le(s) troupeaux de chèvres à proximité immédiate des bouquetins (avec lesquels elles peuvent d'ailleurs se croiser)
3)"faire passer à 60 jours la durée de l’affinage du reblochon (pour retrouver un délai plus conforme à la tradition) " est une ineptie fromagère et une erreur historique; essayez pour voir le résultat!
4)puisque les suisses ont un prix de marché des trophées, cela signifie que l'espèce est régulée officiellement
5)le délai d'endormissement d'un animal fléché est de l'ordre de 10 mn pendant lesquelles il part se réfugier sur des vires; ce qui peut considérablement compliquer le test in situ
6)Enfin qui parmi les signataires de la pétition accepterait de voir un proche contaminé par la brucellose?
Qui accepterait de voir son revenu amputé (cf JM Gourreau cité en V1 dans votre article: "la situation de l’économie agricole locale, extrêmement difficile [pertes non indemnisées de 70 000 € (fromages non exportés) sur 3 exploitations]"?
Qui accepterait un risque évalué à 5 sur une échelle de 9 de contamination de son troupeau de caprin (cf rapport ANSES)?

Matthieu Stelvio 07/11/2014 08:12

Bonjour Pascale,

S’approcher à 20 mètres d’un bouquetin est en général aisé (très peu de montagnards disent le contraire). L’anesthésie suivie du test est la méthode préconisée par le CNPN. Les experts de l’ANSES et du CNPN n’évoquent pas de difficultés importantes à anesthésier un grand nombre de bouquetins. Anesthésier tous les bouquetins du Bargy est sans doute utopique, mais anesthésier, disons, 80 ou 90% de la population du Bargy en peu de temps (en quelques mois) est réaliste.

Dans le rapport de l’ANSES que vous reprenez, il est écrit : « Les experts disposent de trop peu de temps [l’Etat leur laissait alors deux mois pour se prononcer] pour évaluer l’intérêt de la vaccination dans le cas présent mais soulignent le fait que la vaccination pourrait représenter une alternative ». « La vaccination sera traitée de façon plus approfondie dans une autre saisine : les contraintes de temps n’ont pas permis aux experts de traiter cette question d’une façon satisfaisante. » L’étude aurait pu commencer dès 2012 ; et de nombreux scientifiques ne comprennent pas l’inertie de l’Etat. Le vaccin pour les caprins existe déjà : il ne faut pas le créer, mais le tester sur les bouquetins. Deux ans pour planter une aiguille, que c’est long ! Heureusement que l’OMS est plus réactive sur d’autres sujets !

Comme je le disais et comme vous le reconnaissez, il est donc bien écrit que le risque est compris entre 3 et 5 pour les chèvres (espèce domestique la plus à risque, mais peu présente en Bargy), autrement dit entre « extrêmement faible » et « faible ». Vous ne retenez que le haut de la fourchette qui reste, quoi qu’il en soit, « faible ». Il faut préciser que depuis 1999 (c’est-à-dire depuis 15 ans), aucune des chèvres présentes sur le massif n’a été contaminée par un bouquetin ; et que lors de la période la plus à risque (lors du rut, en décembre), les chèvres domestiques ne sont a priori pas en contact avec les bouquetins.

En outre, dans le passage que vous citez, l’ANSES ne fait que répondre à une question d’ordre purement technique, en faisant abstraction de toute considération éthique ; cette question formulée par l’Etat étant : « Ces opérations d’abattage ainsi menées seront-elles efficaces et permettront-elles d’atteindre l’objectif recherché ? » Il est évident que techniquement, éradiquer tous les bouquetins du Bargy semble être (au premier abord du moins) une méthode efficace pour éradiquer la brucellose, mais si l’on rajoute des considérations éthiques au problème, il apparaît que d’autres solutions sont plus souhaitables, comme l’expliquent le CNPN, le CSRPN, le SNE ou encore le conseil scientifique de l’ONCFS. Il faut bien préciser que dans sa conclusion de septembre 2013, l’ANSES ne juge pas nécessaire de procéder à un abattage massif avant d’être à nouveau saisi ; et ce alors que l’ANSES engage ici sa responsabilité et sa crédibilité. De plus, à ce jour, les abattages massifs à l’aveugle ont eu des conséquences inverses à celles recherchées, ce que reconnaît, par exemple, le président d’ASTERS, le vice-président du CNPN, Dominique Gautier dans son entretien avec Sciences et Avenir…

Techniquement, vous avez raison, procéder à des abattages totaux de population de diverses espèces permettrait sans doute de faire significativement baisser les prévalences de nombreuses maladies. Mais les êtres humains ne sont pas des robots, et lorsqu’ils répondent à des questions, ils incluent assez souvent des considérations morales dans leur jugement. Ce frein, que représente leur cœur, leur a permis de faire des miracles, et notamment d’inventer des vaccins qui ont permis de faire disparaître en France la rage, mais aussi la brucellose.

Je vous remercie pour vos interventions et vous souhaite une bonne journée,

Matthieu Stelvio

Pascale 02/11/2014 23:23

Bjr,
je vais essayer de faire court et simple pour répondre
5) anesthésier un bouquetin est bien plus compliqué que le tuer: il faut s'approcher à 20m, réussir à le flécher, éventuellement le réanimer… ce qui a été possible pour 80 bouquetins sélectionnés en situation d'approche facile ne l'est pas forcément pour toute la harde (voir https://www.youtube.com/watch?v=Yc2-1rSY97Q à partir de la mn 9)

extrait du rapport de l'Anses n° « 2013-SA-0129»
1)"si la vaccination se révèle chez les animaux domestiques la meilleure méthode de gestion de la brucellose en cas de prévalence élevée, elle n’a jamais été évaluée dans une population d’animaux sauvages et l’on ne dispose pas de données quant à son efficacité et son innocuité chez le bouquetin. De longues études sont donc nécessaires avant d’envisager son utilisation."
et aussi
"les experts ont estimé quantitativement le risque de transmission sur une échelle de 0 à 9 comme minime pour les bovins (niveau 2), extrêmement faible pour les ovins (niveau 3) et faible (niveau 5) pour les caprins" donc je lis bien 5/9 pour les caprins, par contre l'avis ne précise pas si c'est une échelle à pas constant ou logarithmique (comme pour l'échelle de Richter des tremblements de terre).
Ce qui est sûr c'est que le troupeau de chèvre vient du Petit-Bornand et que son propriétaire est bien informé du risque et vit une situation de tension permanente.
dans le même avis, il est écrit (comme quoi avec des extraits on peut toujours trouver des arguments en faveur ou non de l'abattage massif)
"Face à une infection brucellique importante chez le bouquetin, combinée à un risque faible de transmission interspécifique, la maîtrise du risque de transmission des bouquetins aux animaux domestiques passe avant tout par la maîtrise de l’émission du danger par la population de bouquetins.
Les experts considèrent qu’un abattage « total » des bouquetins du massif du Bargy comprenant une première opération d’abattage massif réduirait de façon significative et rapide le risque de transmission de la brucellose des bouquetins aux cheptels domestiques.
Un tel protocole permettrait d’arriver rapidement à un risque proche de 0 pour les cheptels domestiques, contribuant à une normalisation de la situation sanitaire du massif et permettant, dans un délai raisonnable, et après vérification de l’efficacité des mesures mises en place, un allègement des conditions de suivi et de biosécurité."

Matthieu Stelvio 20/10/2014 22:26

Bonjour Pascale,

1) Le vaccin utilisé peut être administré par voie conjonctival, ce qui réduit considérablement son éventuelle nocivité. De plus, les bouquetins et les chèvres sont physiologiquement très proches. Le vaccin a déjà été utilisé sur des dizaines de milliers de chèvres sans problème significatif de nocivité. Par ailleurs, si la France est aujourd’hui officiellement indemne de brucellose bovine, c’est en grande partie grâce au vaccin anti-brucellose.

2) Il y a très peu de chèvres dans le massif du Bargy. Le troupeau présent viendrait du Sud de la France (Gap), et n’est pas présent lors de la période du rut des bouquetins. De plus, la bergère du troupeau a été informée par les locaux, et la préfecture a trainé avant de lui parler de la brucellose.

3) Le délai d’affinage du reblochon était autrefois plus important. Et les fromages avaient sans doute plus de goût. C’est la durée de la fermentation qui donne du goût au fromage.

4) L’espèce est interdite de chasse en France, et a déjà disparu du territoire français au XIXème siècle. Beaucoup de suisses sont opposés à la chasse aux bouquetins, et il n’est pas exclu que la Suisse va machine arrière, car les bouquetins s’autorégulent naturellement. Lorsqu’ils atteignent une certaine densité de population, ils se reproduisent jusqu’à deux fois moins.

5) Anesthésier des bouquetins, et les tester n’est pas compliqué, puisqu’en quelques jours, plus de 70 bouquetins ont été testés en mai 2014. Le délai d’endormissement est donc loin d’être un problème insurmontable.

6) Parmi les signataires, plusieurs personnes ont déjà attrapé la brucellose, notamment dans les années 80 – 90 (époque où la maladie était plus répandue en France). D’après les témoignages recueillis, ces personnes ont pris des antibiotiques, certaines n’ont pas eu de séquelles, d’autres ont eu des séquelles, et sont encore là aujourd’hui. Toutefois, il est vrai que la maladie peut se compliquer. Mais le risque de transmission de la brucellose des bouquetins à l’homme est extrêmement faible selon l’ANSES.

Ensuite, c’est l’Etat qui bloque les indemnités des éleveurs, ce qui est regrettable, et les associations de protection de l’environnement ont fait pression sur le préfet pour que des indemnités soient débloquées. De plus, le texte de Monsieur Gourreau date de mi-2013.

Pour finir, le risque pour les caprins n’est pas de 5 sur 9, comme vous le prétendez. Selon les experts de l’ANSES, il est compris entre 3 (extrêmement faible) et 5 (faible) sur une échelle de 9. Le risque est donc au minimum extrêmement faible, au maximum faible. De plus, il faut ajouter qu’il y a peu de chèvres en Bargy, et que le troupeau de chèvres présent n’est pas originaire de Haute-Savoie, mais vient du Sud de la France, et que la préfecture n’a pas informé convenablement le propriétaire du troupeau.

A votre écoute,

Matthieu Stelvio

Zepur Gaia 02/10/2014 00:13

Quand, comme le préconise Segolene Royal et le martèle le Préfet (le Dauphiné du mardi 30 sept) la population totale du Bargy aura été massacrée , puis réintroduite.... un sympatique bouquetin voisin et contaminé viendra s'égarer dans le Bargy... on recommence?

Dans la chaîne alimentaire, le loup (et d'autres prédateurs) se nourrit de bêtes faibles et malades, il régule les populations. Mais on supprime le loup à petit feu, jusqu'à l'extinction....

A tous ceux qui pensent avoir droit de vie et de mort sur la faune (et la flore), Mme Royal, Monsieur le Préfet, nous avons écouté ou lu vos propos, ayez l'obligeance de prendre quelques minutes pour lire cet article. Merci.

eric 24/09/2014 08:58

Les derniers bouquetins survivants du Bargy sont fortement menacés .quand nous aurons éradiqué toutes les espèces qui nous dérangent et qui plus est celles qui sont protégées.que feront nous? la même chose à nos semblables, car cela voudra dire qu'il n'y aura plus de place pour l'homme non plus....ou sont nos robin des bois ? je serais au Bargy ce jeudi à la rencontre des militants.

jeannine 19/09/2014 09:23

Pourquoi ne pas lancer une pétition qui aurait des chances de recueillir un nombre important de signatures ? Il y aurait lieu aussi de con tacter Ségolène Royal pour avoir des précisions.
Merci

Jacques 17/09/2014 05:56

D'après Jean-Marie Gourreau vétérinaire épidiomologiste, JT de France 3 / 12/13 du mardi 16 septembre 2014
"Des mâles des massifs voisins seraient venus se reproduire au Bargy
Il est vraisemblable que ces animaux en repartant sur leur territoire d'origine aient emmené avec eux la bactérie et il est possible que l'on obtienne dans les années qui viennent des contaminations parce que ces mouvements d'animaux ont été prouvés."
Si c'est vrai, pour satisfaire à court terme une poignée d'éleveurs on aura droit à une véritable catastrophe sanitaire d'ici 15 à 20 ans!

Dany 11/09/2014 21:29

Comme le disait si bien un très grand naturaliste dont j'admire les formidables travaux :
"Le pouvoir du lobby des chasseurs est tel en "république" française, que nul politichien ou chienne n'oserait jamais contester leurs décision de crainte de terminer en terrine ou enterré(e) ".

Les vrais écolos,
pas ceux qui n' "aiment" la Nature que sous la forme de trophées accrochés sur les murs,
seront écoutés le jour où ils seront aussi armés et inconscients que les chasseurs,
d'ici là, aucun danger pour ces derniers, ces derniers auront toujours tous les droits que leur confère leur pouvoir économique et leurs coutumes barbares d'intimidation par d'éradication de tout problème se présentant sur leur chemin.

fanette Charavin 10/09/2014 08:01

Je doute fort que S.Royal ait pris connaissance de cette étude qui aurait justifié de sa part une décision différente ! Il faut partager cette information pour instruire le plus de gens possible. Qu'on sache enfin de quelle manière sont gouvernés les citoyens Français !

Jacques 10/09/2014 05:18

Bonjour Matthieu
Juste une question, pourquoi tout ça?
Qui a interret à abattre ces animaux:
-En baie de Somme, les pauvres pêcheurs réclament la peau des phoques, accusés de se servir en poissons dans leurs filets.
-Le parc national des Écrins: battue au loup
-Les Pyrénées Royal (encore elle!) annonce qu’il n’y aura pas de réintroduction d’ours dans les zones de pastoralisme, c’est-à-dire partout!
-Toujours elle en Ariège avec les vautours qui menacent les troupeaux.
-La camargue, enfin, avec les flamants roses
Est-ce par ignorance que l'homme détruit son environnement?