Le Bruit du Vent

Massacre des bouquetins du Bargy : la paranoïa plus forte que la raison !

26 Novembre 2013 , Rédigé par Matthieu Stelvio Publié dans #Bouquetins du Bargy

Massacre des bouquetins du Bargy : la paranoïa plus forte que la raison !

(Article publié le 25/10/13. Remis en avant le 26/11/13.) Une fois n’est pas coutume, c’est avec la véhémence d’une colère qui me submerge que je m’exprime. Des bouquetins ont la brucellose, c’est un fait, mais contrairement à ce que des journaux ont laissé entendre, les autorités scientifiques d’Etat n’ont pas préconisé l’abattage des bouquetins de plus de cinq ans dans le massif du Bargy. Les rapports de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail indiquent qu’il n’y a pas d’urgence à agir dès 2013, et qu’il faut recueillir de nouvelles données et formuler de nouvelles réflexions avant de prendre une décision. Se basant sur ce rapport, le Conseil National de la Protection de la Nature, commission chargée d’épauler le Ministre de l’Ecologie, a pris position.

J’ai pu lire aujourd’hui l’avis du CNPN du 12 septembre 2013 destiné au Préfet de Haute-Savoie : « la commission Faune du CNPN considère que si l’éradication du foyer de brucellose chez le bouquetin des Alpes dans le massif du Bargy s’avère indispensable, elle n’a nullement besoin d’être réalisée dans l’urgence. Aussi l’abattage total et immédiat de la totalité des animaux appartenant à cette espèce sur le massif n’a pas été retenu (3 voix pour, 17 contre et 1 abstention) au profit d’un abattage partiel ».

« En ce qui concerne l’abattage partiel, deux options ont été envisagées et étudiées :

- D’une part l’abattage total des animaux de plus de cinq ans car il semblerait que ce soit eux qui soient les plus affectés par la maladie, les femelles notamment. Toutefois, sur le terrain, l’estimation de l’âge des femelles s’avère extrêmement difficile, contrairement à celle des mâles.

- D’autre part, l’abattage des seuls animaux séropositifs, à l’instar de ce qui a été fait jusqu’à présent, en demandant au Laboratoire National de référence qu’un effort particulier soit porté sur la mise au point d’un test sérologique utilisable sur le terrain le plus rapidement possible, ce afin d’éviter une seconde intervention destinée à l’abattage des animaux séropositifs. Bien que longue à mettre en œuvre – elle devra être échelonnée sur trois ans – c’est cette solution qui a été retenue par les membres de la commission par 13 voix, contre 6 pour la première option, et 1 abstention. Cette solution éviterait outre une déstabilisation de la population, l’essaimage d’animaux, en particulier infectés, vers les massifs avoisinants, une réintroduction trois ans plus tard coûteuse et controversée, et l’élimination de cadavres qui, en petit nombre, pourraient être abandonnés aux prédateurs naturels. »

En clair, la décision d’abattage des bouquetins de cinq ans et plus a été prise contre l’avis du Conseil National de la Protection de la Nature. Ce fait n’a pas été rendu public : que font les journalistes ? Que font les associations ? Le CNPN a opté pour une solution plus douce, beaucoup plus douce que l’élimination, en moins d’un mois, de ce qui pourrait s’élever à 80% de la population des bouquetins du Bargy. Pour rappel, l’arrêté ministériel du 23 avril 2007 stipule que l’abattage du Bouquetin des Alpes est interdit sur tout le territoire métropolitain et en tout temps. Pour rappel, l’article L. 411-2-4° du code de l’environnement stipule que les dérogations aux interdictions encadrant le statut de protection du Bouquetin des Alpes ne peuvent être délivrées que s’ « il n’existe pas d'autre solution satisfaisante ». Il existe d’autre solution satisfaisante, le Conseil National de la Protection de la Nature l’affirme noir sur blanc. En ce mois d’octobre, des dizaines de bouquetins sains sont abattus (ce jeudi - jeudi 24/10 - , 27 bouquetins auraient été tués) ; et ce, contre l’avis du CNPN !

Les 197 bouquetins tués les 1 et 2 octobre ont été incinérés sans subir de tests sérologiques, alors que ces tests sont des données épidémiologiques cruciales ! Pourquoi ? Peut-être parce que l’Etat n’est pas capable d’assumer la vérité : « Ah zut, on a massacré autant de bouquetins sains, désolé ! » Pire, dans cet avis de la commission, il est écrit que le risque de contamination tant pour l’Homme que pour les animaux domestiques est extrêmement faible, et que la filière du reblochon (que le Préfet veut à tout prix sauver) « n’est absolument pas affectée par l’éventuelle présence de Brucella dans du lait pouvant être utilisé dans la fabrication de ce fromage, étant donné le fait que cette bactérie est inactivée durant le processus d’affinage du fromage ! » Cet abattage drastique (au moins 224 animaux en un mois) est pArAnoïAque ! D’ailleurs, sauf erreur de ma part, l’arrêté qui ordonne l’abattage a été signé par un Préfet qui avait, auparavant, sous un autre statut, participé à la gestion de la grippe A (les masques ; les dizaines de millions de vaccins à la poubelle, vous souvenez-vous ?) Accorder une dérogation à un arrêté ministériel est grave et doit être justifié ! L’avis du CNPN n’a pas été suivi, et l’Etat doit s’expliquer !

Nous devons nous mobiliser, nous organiser pour saisir le Tribunal Administratif. Les bouquetins le méritent. Si vous pensez, comme le CNPN, que l’abattage systématique des bouquetins du Bargy de plus de 5 ans n’est pas justifié ; si vous vous opposez, comme le CNPN, à l’abattage de bouquetins dont le statut sérologique est soit inconnu soit négatif à la brucellose, n’hésitez pas à signer et à partager cette pétition : https://secure.avaaz.org/fr/petition/Petition_Stop_a_labattage_des_bouquetins_du_Bargy

Texte et photos : Matthieu Stelvio

Texte et photos : Matthieu Stelvio

Partager cet article

Commenter cet article

JCT 15/11/2013 18:31

Merci Matthieu pour cette belle analyse, mais je ne suis pas d'accord, s'il s'agissait de paranoïa on pourrai presque excuser, non il s'agit juste d'interrets politiques!