Le Bruit du Vent

Bouquetins du Bargy : la Justice donne raison à notre colère ! 224 abattages illégaux !

1 Juillet 2016 , Rédigé par Matthieu Stelvio Publié dans #Bouquetins du Bargy, #Bouquetins du Bargy : l'essentiel

Bouquetins du Bargy : la Justice donne raison à notre colère ! 224 abattages illégaux !

Afin de lutter contre une épizootie de brucellose, le 1er octobre 2013, prenant tout le monde de court, le préfet de la Haute-Savoie signait un arrêté ordonnant l’abattage de tous les bouquetins de 5 ans et plus du massif du Bargy. Ces animaux emblématiques des Alpes sont protégés et interdits de chasse. Le jour-même, le massif était bouclé par la gendarmerie. Le lendemain soir, on dénombrait 197 bouquetins morts (dont beaucoup n’étaient pas malades). Afin de calmer les ardeurs d’éventuels opposants, les décideurs de la FRAPNA et de la LPO, associations écologistes (et subventionnées), marquaient préalablement leur accord avec ces campagnes d’abattage, et allaient jusqu’à saluer la modération des autorités (FRAPNA/LPO, 2013) ! Certes, abattre 75 % d’une population d’animaux protégés est moins pire que d’abattre l’intégralité de cette population, mais si tout le monde avait la même définition du mot modération, beaucoup auraient plus d’alcool que de globules rouges dans le sang ! Ajoutons que contrairement aux décideurs de la FRAPNA et de la LPO, l’opinion publique n’avait alors pas connaissance du fait que l’avis du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) s’opposait à ces abattages massifs à l’aveugle, et préconisait de tester les bouquetins, puis de n’abattre que les individus séropositifs à la brucellose. Que le préfet n’oublie donc pas de remercier la docilité, que je crois subventionnée, de ces décideurs associatifs qui ont si brillamment éteint la flamme de la résistance au moment où, un peu mieux informés, nous aurions pu, tous ensemble, l’allumer !

Lorsque les rapports scientifiques du CNPN et de l’ANSES ont commencé à devenir accessibles au public, nous avons pris conscience que l’Etat avait agi sans respecter l’article L. 411-2-4° du Code de l’environnement, qui stipule que les dérogations aux interdictions encadrant le statut de protection du bouquetin des Alpes ne peuvent être délivrées que s’ « il n’existe pas d'autre solution satisfaisante ». D’autre part, l’Etat n’a pas organisé de « procédure de participation du public » avant ces abattages massifs, alors que les délais le permettaient. De plus, il n’y avait pas urgence à agir, car le risque de transmission de la maladie des bouquetins aux autres espèces est extrêmement faible (ANSES, 2013). Cette absence délibérée de concertation est contraire à l’article L. 120-1-1° du Code de l’environnement, et constitue une grave atteinte à la démocratie.

Partant de ce constat, deux citoyens déterminés et moi avons initié un procès contre cet arrêté, et sommes parvenus à convaincre une association indépendante de nous rejoindre : l’ASPAS. La procédure a ainsi pu s’enclencher, nous a pris beaucoup de temps et d’énergie (ce blog en témoigne), et même de l'argent (pour payer une avocate). Puis, quatre autres citoyens et l’association indépendante One Voice nous ont soutenus. Considérant que le mal était fait et qu’il n’y avait plus urgence à statuer, la Justice a pris son temps… Et c’est après plus de deux ans et demi d’attente que le jugement vient de tomber : l’arrêté est annulé. Au moins 224 bouquetins ont donc été abattus illégalement par l’Etat, mais cette décision indiffère les institutions. En effet, si, d’un côté, un chasseur a déjà été condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir tué un bouquetin (DL, 2012), de l’autre, aucun responsable politique n’est condamné pour ces 224 abattages... Comprenez qu’il y a deux justices : d’un côté, celle des puissants qui n’assument pas leur responsabilité et dont les erreurs restent impunies ; de l’autre, celle des simples citoyens qu’il est si facile d’accabler !

Bref, en octobre 2013, le préfet s’est empressé d’ordonner l’abattage d’un maximum de bouquetins en un minimum de temps afin d’être sûr de réussir à abattre ces animaux, de la façon la plus « low cost » qui soit, avant que les citoyens ne s’emparent de l’affaire, et avant que la Justice ne puisse lui donner tort ! Aujourd’hui, la Justice l’affirme : en octobre 2013, l’Etat a enfreint la loi ! L’Etat a piétiné la démocratie, et lui désobéir était un devoir auquel nous avons manqué ! Portant violemment atteinte à la biodiversité, cet abus d’autorité est intolérable dans une République digne de ce nom. Ce sang que l’Etat a sur les mains souille les valeurs de notre société. Ce sang que l’Etat a sur les mains légitime, une fois de plus, l’élan révolutionnaire que certains d’entre nous sentent grandir en eux ! Si seulement nous avions le courage d’obéir à notre cœur et à notre raison plutôt que de nous soumettre aux ordres qui leur font offense !

Aucune réparation n’est possible. L’Etat ne nous rendra pas ces 224 êtres sensibles qui peuplaient si paisiblement nos cimes ; ces 224 animaux protégés et interdits de chasse, réintroduits dans les Alpes françaises après des efforts colossaux ! Le pire est que ces abattages illégaux se sont révélés contre-productifs, car en désorganisant les hardes de bouquetins, les tirs intensifs ne font qu’accélérer la propagation de la maladie (ANSES, 2015) ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’analyse scientifique du CNPN était meilleure que celle du préfet ! A présent, les scientifiques de l’ANSES nous expliquent qu’un recours à la vaccination est vraisemblablement nécessaire à l’éradication de la brucellose dans le massif du Bargy. Mais fions-nous plutôt à l’avis de ce préfet qui, depuis si longtemps déjà, rêve de tous les faire disparaître (les bouquetins du Bargy, pas les scientifiques).

En octobre 2013, nous nous sentions bien seuls lorsque nous nous opposions à l’arrêté préfectoral n°2013274-0001 ! En octobre 2013, aucune association ne souhaitait soutenir notre pétition demandant l’abrogation de cet arrêté ! Il a fallu argumenter pendant des mois (voire un ou 2 ans) pour voir venir quelques poids lourds, peut-être parfois plus attirés par les projecteurs qui nous entouraient que par notre combat… Et pourtant, mes très chers 77 000 cosignataires, nous avions raison depuis le premier jour, et la Justice le reconnaît enfin ! 224 bouquetins non testés ont injustement et inutilement été sacrifiés par de cyniques « apprentis-sorciers ». Pour éviter que le thermomètre n’explose, on évitera de rappeler que la quasi-totalité des 224 bouquetins ainsi abattus ont directement été incinérés, sans qu’aucun prélèvement ne soit effectué sur les cadavres, ce qui a permis à l’Etat de faire oublier que ces abattages à l’aveugle ont touché un grand nombre de bouquetins indemnes (c’est-à-dire beaucoup d’animaux séronégatifs, mais aussi des animaux séropositifs potentiellement non porteurs de la bactérie). Ces analyses post mortem auraient été décisives pour la compréhension de cette épidémie… et y renoncer si lâchement à sans nul doute gravement porté atteinte à une maîtrise raisonnée de la brucellose dans le massif du Bargy. Ayant un effet boule de neige, ces fautes lourdes et irréparables sont d’une grande violence pour ceux qui sont attachés à la Nature, et imposent à l’Etat de fournir des efforts enfin proportionnés à l’importance de la préservation de la faune sauvage ! Efforts qui devraient a minima se traduire par le financement d’une ambitieuse campagne de vaccination des bouquetins du Bargy.

Des centaines de milliers de chèvres ont déjà été vaccinées avec succès contre la brucellose, et sachant que les bouquetins peuvent être assimilés à la même espèce animale que les chèvres (ANSES, 2015 ; Mayr, 1942), il paraît tout à fait envisageable de vacciner les bouquetins ! Et méfions-nous de ces associations pusillanimes qui, une fois de plus, acceptent de perdre le combat, et qui nous expliquent que les abattages de bouquetins séropositifs sont inéluctables ! Non, ces abattages ne sont pas inéluctables, mais bel et bien discutables puisqu’au sein d’une population de bouquetins vaccinés, la probabilité que les animaux séropositifs à la brucellose transmettent la maladie à d’autres bouquetins deviendra beaucoup plus faible, si bien que, grâce à la vaccination, l’infection pourrait s’éteindre d’elle-même, sans abattages. Utopie ? Le fait de vacciner des renards par des appâts oraux n’a-t-il pas permis d’éradiquer la rage sans recours aux abattages ? De plus, à l’instar des dromadaires (Radwan et al., 1995), il n’est pas inconcevable que les bouquetins séropositifs soient traités par antibiothérapie en étant placés un mois en captivité dans des enclos zoologiques ; ce qui pourrait permettre à ces animaux de ne plus être contagieux.

Au-delà des petits calculs bassement économiques, au-delà des compromis compromettants, chaque bouquetin mérite d’être défendu, car, comme l’exprime Jean-Jacques Rousseau, si nous sommes obligés de « ne faire aucun mal à [notre] semblable, c'est moins parce qu'il est un être raisonnable que parce qu'il est un être sensible ; qualité qui étant commune à la bête et à l'homme, doit au moins donner à l'un le droit de ne pas être maltraitée inutilement par l'autre. » Arrêtons d’accepter docilement ce cynisme économique qui, d’un côté, traite la Nature, notre mère, comme une pauvre mendiante et qui, de l’autre, fabrique des milliardaires ! Ne tolérons plus ces injustices, et battons-nous pour que chaque bouquetin soit épargné par la bêtise humaine !

Matthieu Stelvio, initiateur de la pétition Stop à l'abattage des bouquetins du Bargy

La pétition

Synthèse de l’affaire

Texte et photos : MS

Texte et photos : MS

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Stéphane 02/07/2016 23:04

Un grand bravo pour votre combat ! La justice est surtout du côté de ceux qui la font...

Christophe 02/07/2016 17:09

Bravo pour votre détermination et votre pugnacité! Triste de voir qu'il n'y a même pas des dommages et intérêts pour destruction de patrimoine public. Somme qui aurait pu contribuer à lancer un programme de vaccination. La violence d’État fait souvent reculer ceux qui, comme moi, aimeraient s'opposer physiquement à de telles saloperies. Le Préfet et les décideurs félons de ces 2 associations se sont fait remarquer afin, sans doute, de tirer profit de bénéfices secondaires.
Prochaine étape? Vous qui connaissez les arcanes de ce dossier, comment mobiliser pour que la vaccination indispensable voit le jour? A combien se monterait-elle, cela a-t-il été chiffré? Sinon, on risque à nouveau le même massacre.